Odieux. — Édit. P. Blanchemain, t. If, p
AU SIEUR BERTRAND " O.le XVI
La mercerie ^ que je porte, Bertrand, est bien d'une autre sorte Que celle que l'usurier vend Dedans ses boutiques avares, Ou celle des Indes Barbares Qui enflent l'orgueil du Levant.
Ma douce navire ^ immortelle
Ne se charge de drogue telle ;
Et telle de moy tu n'attens;
Ou, si lu l'attens, tu t'abuses :
Je suis le trafiqueur* des Muses
Et de leurs biens, maistres du temps.
1. Bertrand. — C'est [Bertrand) Bergier, de Montembeuf, né à Poitiers. Ronsard parla plusieurs fois de lui, dans ses vers :
Il D'Aurat, i-cxeil de la science morte,
Et mon Beri/er qui s'est fait gouverneur Non lie troupeaui, mûij do gloire et d'honneur, Tiendra mon col lassé d'une main forte.
(Ode A son retour de Gasconyue, 1550.) (P. Bl., t. 11, p. 456.)
2. Mercerie. — Signifie : marchandise (en général). Sens tout à fait disparu, fréquent dans l'ancienne langue :
■■ Chacun vante Sa wercerie. . . »
(A. de Baïf, Mimes, liv. II.) .< Au savoureux traffic de cesle mercerie. >• (Régnier, Sat. XVI.)
3. Nauire. — Ce substantif employé au masculin par Commines, fut des deu.x genres au .wi'^ siècle: « Quelquefois on y promené un grand na\ire. » (.Montaigne, III, 6.) » Qui n'avez sceu gouverner la navire dont aviez pris la charge. » [Sat. Ménip., p. 251.)
4. Trafiqueur, — Signifie : celui qui trafique. Mot dt: la vieille langue, disparu ; est encore dans Nicot.
Leur marchandise ne s'eslalle Au plus offrant dans une halle, Car leur bien en vente n'est mis, Et pour l'or il ne s'abandonne :
Sans * plus, libéral je le donne A qui me plaist de mes amis.
Reçoy donque ceste largesse, Et croy que c'est une richesse Qui par le temps ne s'use pas; Mais contre le temps elle dure.
Et de siècle en siècle plus dure, Ne donne point aux vers d'appas.
L'audacieuse encre d'Alcée
Par les ans n'est point effacée,
Et vivent encore les sons
Que l'Amante ^ bailloit en garde
A sa tortue * babillarde,
La compagne de ses chansons.
1. Sans plus. — Locution adverbiale remplacée aujourd'hui par: sans rien déplus : « Dictes [sans plus) : « Il f.iut que le scellons ». (Cl. Marot, édit. Voizard, p. 53.)
2. Alcée. — « Tout ce qui suit est imité et presque traduit de la 8« ode du livre IV d'Horace : ne forte credas interitura, quss longe... Ici Ronsard lutte dillicilement contre l'expression éclatante et concise du lyrique latin; mais il plait par une naïveté particulière. On aime cette Hélène qui se laisse prendre à une perruque blonde bien peignée, et cet Hector qui n'a pas été le premier des gendarmes. » (Sainte-Beuve.) — Boileau à la (in de sdipremiére épitre, et J.-B. Rousseau, dans la 2» ode du 4° livre, ont aussi imité quelques passages de cette même ode d'Horace. Alcée est le poète lyrique grec dont il a été parlé plus haut.
3. U Amante. — C'est Siipho : femme poète lyrique ^rec de l'île deLesbos. (Voir Pierion, i/is/. de la lilléralwe grecque, p. 169;.
4. Tortue. — « A sa lyre, parce que la première lyre fut faite, et composée d'une tortue. » (R.) (Voir plus haut.)
7ii OEUVRES CHOISIES DE RONSARD.
Mon grand Pindare vit encore, Et Simonide, et Stesichore S Sinon en vers, au moins par nom :
Et des chansons qu'a voulu dire Anacreon ^ dessur ^ la lyre, Le temps n'efface le renom.
N'as-tu ouy parler d'Enée, D'Achil, d'Ajax, d'Idomenée''?
A moy semblables artisans Ont immortalizé leur gloire, Et fait allonger la mémoire De leur nom jusquesà nos ans.
Hélène seule " estant gaignée D'aune perruque bien peignée.
D'un port royal, d'un vestement Brodé d'or ou d'une grand suite, N'a pas eu la poitrine cuite' Par un amour premièrement.
1. Stesichore. — Ce poète, ainsi que Simonide, est un Grec, né vers 640 ou 630 av. J.-C. Tous deux se sont distingués dans la poésie lyrique, mais il ne reste de leurs poésies que des fragments, comme le dit, du reste, Ronsard dans le vers suivant. Stesichore était Dorien, Simonide était Ionien.
2. Anacreon. — Autre poète lyi'ique grec, Ionien, mis à mort en ,j22 av. J.-G. par Oroetès, satrape de Cambyse. — Horace l'a beaucoup imité. (Voir Pierron, Hist. de la littéral, grecque, p. 190 et suiv.)