‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 17 sur 462 · XXX BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XXX BIOGRAPHIE

-.1 La peinture et lasculplure, comme aussi la musique, luy estoienl à singulier plaisir, et surlout celle du sieur Mauduit, et principalement aimoit à chanter et à ouyr chanter ses vers, appelant la musique sœur puisnée de la poésie et les, poètes et musiciens enfans sacrez des Muses, que sans la musique la poésie esloit presque sans grâce, comme la musique sans la mélodie des vers inanimée et sans vie, » (Cl. Binet.)

Dans cette dernière période de sa vie, il s'était intimement lié avec Gallandius (Jean Galland), principal du collège de Boncourt, collège dont l'École polytechnique occupe aujourd'hui l'emplacement. C'était surtout chez lui qu'à la fin il descendait, lors de ses voyages à Paris. Ce fut chez son cher Gallandius que « déjà frappé du mal dont il devait mourir, il épuisa ses forces à revoii', émonder, refondre, relimer ses poésies, puis à corriger les épreuves de cet in-folio, qui fut achevé d'imprimer le 4 janvier 1584. C'est un chef-d'œuvre de typographie; mais, hélas! les vers du poète, ressassés dans un cerveau vieilli, raturés d'une main défaillante, y perdent toute leur saveur, toute leur jeune effervescence ! » (P. Blanchemain.) L'année suivante, lo8o, bien que très malade de la goutte, il revint encore passer de février à juin chez son cher Galland, qui le reconduisit jusqu'à la Croix-Val, sa demeure ordinaire. La maladie obligeant le pauvre goutteux à voyager, il alla, un mois après, en son prieuré de Saint-Cosme qu'il abandonna au bout de huit jours, pour revenir à Croix- Val qu'il ne quitta plus.

En effet, après bien des souffrances, il sentit le dernier moment venu et, « le dimanche vingl-deuxiesme décembre, il fit son testament, par lequel il ordonna de toutes choses, ayant distribué tous ses biens, partie à l'Eglise et aux pauvres de Dieu (ainsi les nommoit-il par son testament), partie à ses parens et à ses serviteurs. Il eut une telle constance qu'il demanda à l'aumosnier souvent combien à son advis il pourroit encore vivre. Il eut l'esprit toujours sain et entier et sans aucune perturbation, sinon d'une envie qu'il avoit de dicter qui l'accompagna jusques au mourir. Et les derniers vers qu'il fit sont les deux derniers sonnets par lesquels il entretient son ame et l'incite d'aller trouver Jésus-Christ et de marcher par le chemin qu'il avoit frayé, finissant ses vers et sa vie heureusement par ces beaux mots de Jésus-Christ et d'esprit, lequel semblable à celuy qui sommeille il rendit à Dieu, ayant les mains jointes au ciel et qui, en tombant, firent cognoistre aux assistans le moment de son Irespas, qui fut

BIOr,RAPHIE XXXI

sur les deux heures de nuict, le vendredi vingt-septième de décembre mil cinq cens quatre vingt cinq, ayant vescu soixante et un ans trois mois et seize jours. Et fut mis en sépulture, ainsi qu'il Tavoit désiré et ordonné, au chœur de l'église de Sainct-Cosme...

« La nouvelle de sa mort, trop vrayment asseurée par le sieur Galland, fut d'autant plus regrettée que ja nous nous estions par la fausse nouvelle première non accoustumez mais préparez pour appréhender la perte que nous faisions, perdant un Ronsard, l'honneur de la France, ainçois du monde, nous estans comme disposez par ce faux bruit à le. regretter à l'égal de la perte vrayment depuis advenue. Aussi le sieur Galland, n'ayant enseveli l'amitié qu'il lui porloit sous un mesme tombeau, faisant ce que la France devoit, fit dresser un magnifique appareil dans la chapelle de Boncourt, là où furent célébrées et imitées ses funérailles fort solennellement le lundy vingt-quatriesme de février 1586. Le service, mis en musique nombrée par le sieur Mauduit, l'un de ses meilleurs amis, animé de toutes sortes d'instruments, fut chanté par l'eslite de tous les enfants des Muses. » (Cl. Binet.)

L'oraison funèbre prononcée, en io86, en la chapelle de Boncourt, par Du Perron, depuis évêque d'Évreux et cardinal, avait arraché des larmes à tous les assistants ^ « On ferait un volume des pièces de vers, églogues, élégies, épitaphes qui furent composées sur le trépas de l'illustre poète », nous dit Sainte-Beuve. On lui éleva des statues, et sa mémoire, revêtue de toutes les sortes de consécrations, semblait entrer dans la postérité comme dans un temple.

Mais quinze ans à peine avaient passé, qu'une renommée si haute s'écroulait, yj^ gentilhomme de Normandie, ilfaîAerfee, établi en^ Provence, faisait d'assez bons vers. 11 tombe un jour sur un exemplaire de Ronsard : est-ce l'âge qui l'avait rendu de mauvaise humeur (car il n'avait commencé à rimer qu'assez âgé)? est-ce la muse qui refusait d'obéir ? Quoi qu'il en soit, sans prendre la peine de lire, furieux, il se met à biffer vers par vers. Comme on lui fit remarquer depuis qu'il en avait oublié quelques-uns, il reprit la plume et biffa tout.

1. Assistants. — Voir VOraison funèbre sur la mort de monsieur de Ronsard, prononcée en la chappelle de Boncourt, l'an 1586, le jour de la feste de Saint-Matthias, par Monsieur du Perroti, depuis evesque d'Evreux, cardinal, lors âgé de 27 ans. (édit. P. Blanchemaid, t. YIII, p. 179.)

XXXII IHOGRAPHIE

C'était l'arrêt de la postérité qu'il venait d'écrire. Car cet arrêt fut accepté, sans examen, par Boiieau et par tout le xvii« et le xviii'^ siècle. C'est de notre temps seulement qu'on a tenté de reviser ce jugement : Sainte-Beuve, E. Gandar, Blanchemain, entre autres, ont tâché de remettre Ronsard en honneur. Il faut espérer que, grâce à ces écrivains, ce poète occupe enfin la place que lui assigne son œuvre. Voyons, après eux, ce qu'elle est et ce qu'elle vaut.

ï;ŒUYHE de RONSARD

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