A MADAME MARGUERITE QUI DEPUIS A ESTÉ DUCHESSE DE SAVOYE
Ode II
Vierge, dont la vertu redore Cet heureux siècle qui t'adore, Non pour estre fille de Roy, Pour estre duchesse, ou pour estre Si proche en sang du roy mon maistre.
Qu'il n'a point d'autre sœur que toy;
Mais bien pour estre seule en France Et la colonne et l'espérance Des Muses, la race des Dieux, Que ta saincte grandeur embrasse, Suivant le naïf de ta race, Qui d'astres a peuplé les cieux.
1. Le ye livre des odes qui comprend 32 pièces (dont 7 ne figurent pas dans la i'e édition), fut imprimé à Paris en 1553, avec la Harangue que fit Monseigneur de Grave aux soldats de Metz.
2. Cette ode est adressée à la fille de François I^', dabord duchesse de Berri, qui épousa en 1559 Emmanuel Philibert, duc de Savoie. Elle protégea les lettres et les savants et fut une des principales protectrices de Ronsard ; notre poète lui avait été surtout recommandé par l'Hôpital.
3. iVai/ (latin: nalivus). — Signifie : le naturel; sens premier (lu mot.
Les Muses, d'une sage envie Tu suis, pour guides de ta vie, Et non les vers tant seulement:
Mais bien tu joins à leur science Et l'innocente conscience, Et leurs beaux dons également.
Que sert à la princesse d'estre A toutes sciences adestre', Et mille fois Platon revoir.
Si par l'estude tout sur l'heure Sa vie n'est faite meilleure, Mariant les mœurs au sçavoir?
Les mœurs au sçavoir tu maries, Et le sçavoir aux mœurs tu lies, Assemblez d'un nœud gordien, T'esgarant loin du populaire, Et de son bruit qui ne peut plaire Aux filles de l'Olympien^.
Ces riches maisons somptueuses, Ces grans villes présomptueuses, Par l'orgueil d'un mur s'eslevant, Ne sont les lieux où elles dansent.
Et leurs pas serrent^ et avancent, Le Gynthien* sonnant devant.