L ODE
/ \ De l'avis de tous, Ronsard est le premier poète qui ait com- V*' / posé une Ode en français. C'est lui qui donna à la langue le / mot Ode, et à la\ France la poésie lyrique. Il connaissait Horace par cœur;^ son maître, Daurat, put lui faire lire et comprendre assez Pindare pour qu'il en retînt les plus saisissantes beautés, mais il ne suffit pas de bien comprendre un poète pour oser tenter de l'égaler. Autre chose est l'inspiration qui vous élève, vous transporte et transporte en même temps le lecteur. Ronsard s'est donné beaucoup'de peine pour remettre en honneur l'ode pindàrique, avec ses strophes, ses antistrophes, ses épodes;il a affecté de rnettre du désordre,, de l'obscurité dans ses développements; « il se plaît à
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paraître comme la Sibylle, dit M. Gandar, troublé de fureur ». C'est pour mieux imiter Pindare, mais c'est forcé; on sent trop le labeur de l'artisan/ on ne sent pas assez le souffle qui inspire le poète. ,'
'' a Au lieu de saisir Pindare "et de s'inspirer de son génie, il li'en saisissait guère que la forme. L'attirail des noms propres, des épithètes et des légendes, l'appareil des procédés, des divisions métriques, tout enfm, jusqu'à l'usage d'associer le chant aux paroles, il l'imitait avec un effort laborieux, sans voir que pindariser n'était pas nous rendre Pindare. » {L'Hellénisme, 1. 1", p. 3oo par Egger.) J
« Une qualité cependant ne peut être méconnue (dans ces odes), qui est certainement le fruit des longues éludes de Ronsard et qui servit d'exemple désormais à toute l'école de nos vrais poètes lyriciues : il y a dans la régularité de ses strophes et de ses antislrophes, dans l'exacte alternance de leurs rimes, une sorte de majesté, d'ampleur un peu vide, mais qui ne déplaît pas à nos oreilles. » {Ibid. p. 356.)- ,,.^.Les odes pindariques ne sont que quatorze, et elles sont toutes datées de la jeunesse de Ronsard. Plus tard le poète se tourna d'un autre côté. « Lorsqu'en dob4, H. Estienne retrouve et publie Anacréon, il dispute à Belleau la gloire de Vodelette. Ainsi, après ces chants si doctes et si graves, on le voit chercher des sujets plus gracieux et des formes plus simples. Nous y avons gagné ces aimables stances adressées à Cassandre, à l'aubépine, à l'hirondelle, à la. forêt de Gasline, à la fontaine Bellerie, et l'Amour captif, et l'Amour mouillé, ces petits chefs-d'œuvre si pleins de grâce et de fraîcheur. . . L'épode a disparu; les strophes, plus courtes, mieux coupées, toutes semblables entre elles, ont un rythme sensible pour l'oreille, une harmonie qui la charme encore aujourd'hui qu'on ne les chante plus. Quelques-unes des plus piquantes lui avaient été indiquées par ses devanciers; il se les est appropriées par l'heureux usage qu'il en a fait; il en a imaginé d'autres qui sont aujourd'hui consacrées, et, depuis 'qu'il a renoncé à l'épode pindarique,' à la strophe saphique, aux vers mesurés, la poésie lyrique lui doit une partie des mètres dont elle aime le plus se servir. » (E. Gandar, p. 103 et 104'.)
Les odes, comme les sonnets, étaient non seulement déclamées ; elles furent aussi chantées et furent en grande vogue
1. Voir aussi Vllelléiiisme, par Egger, t. I^', p. 362 et suiv.
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à la cour et à la ville'. Si l'on voulait citer les recueils du XVI* siècle, renfermant des vers de Ronsard, avec la musique notée, il faudrait les énumérer tous. C'était Certon, Goudimel, Boni et autres qui composaient ces airs. Certaines poésies étaient mises en musique même à quatre parties. Du temps de François P"", on avait chanté à la cour les psaumes traduits par Cl. Marot; sous les règnes suivants, on chanta les odes païennes de Ronsard.