‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 235 sur 462 · Idem, ibid., X, 396* Le texte porte · texte numérisé non relu

Idem, ibid., X, 396* Le texte porte

Semianimesque micant digiti, ferrumque retractant.

bourées, )lant vaut la meditalion, qui par longueur de temps, res engendre en un esprit melancholique, quand la bride de la contrainte arreste et refraint la première course impétueuse des fureurs et monstrueuses imaginations de l'esprit, à l'exemple des grandes rivières qui bouillonnent, escument et frémissent à l'entour de leurs remparts, où, quand elles courent la plaine sans contrainte, elles marchent lentement et paresseusement^ sans frapper les rivages n y d'escumes ny de bruit. Tu n'ignores pas, lecteur, qu'un poëte ne doit jamais estre médiocre en son mestier, ny sçavoir sa leçon à demy,mais tout excellent et tout parfait : la médiocrité est un extrême vice en la poësie ; il vaudroit mieux ne s'en mesler jamais et apprendre un autre mestier.

Davantage je te veux bien encourager de prendre la sage hardiesse, et' d'inventer des vocables' nouveaux, pourveu qu'ils soient moulez et fîiçonnez sus un patron desja receu du peuple. Il est fort difficile d'escrire bien en nostre langue, si elle n'est enrichie autrement qu'elle n'est i^jijur le présent de mots et de diverses manières de parleriiCeux qui escrivent journellement en elle sçavent bien à''quoy leur en tenir : car c'est une extrême geine de se servir tousjours d'un mot. Outre, je t'adverti de ne faire conscience de remettre en usage les antiques vocables, et principalement ceux du langage wallon et picard, lequel nous reste par tant de siècles l'exemple naïf de la langue françoise, j'entens de celle qui eut cours après que la latine n'eut plus d'usage en nostre Gaule, et choisir les mots les plus pregnants'^ et significatifs, nonseulement dudit langage mais de toutes les provinces de France, pour servir àla poësie lors que tu en auras besoin^.

Page 1