‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 239 sur 462 · Lecteur. - Étlit. P. Blancheinain, t. III, p · texte numérisé non relu

Lecteur. - Étlit. P. Blancheinain, t. III, p

aurore. Veut-on prophétiser l'avenir, on a la ressource d'un songe, ou celle d'un bouclier divin. Ce guerrier était vêtu d'une peau de lion; cet autre aura une peau d'ours, ou, de rechange, une peau de panthère. Pour la généalogie d'un dieu ou d'un héros, vo5'ez Hésiode; pour les propriétés médicinales ou magiques d'une plante, voyez Nicandre ou Columelle. Quand un escadron est en marche, règle générale : décrire le battement de pieds des chevaux, et si le soleil luit, la rév^erbération des armes. A la bataille, subordonner les coups d'épée h l'anatomie; frapper son homme au cœur, au cerveau, à la gorge, si l'on veut l'expédier; aux membres seulement s'il doit tn revenir. En un mot, dans ce petit traité du poème épique, bien digne de faire envie au père Le Bossu, rien n'est omis, pas même Vépitaphe du mort qui doit se rédiger en une demi-ligne, ou une ligne au plus sans oublier les principaux outils de son métier. Qu'on juge par là de la Franciade, et l'on en prendra une idée juste. Un tel début dans la carrière épique était d'un fâcheux augure, et l'augure s'est complètement réalisé. Tous nos poèmes épiques, depuis la /'rancî'arfe jusqu'à \a,Benriade inclusivement, et en passant par les Alaric, les Pucelle, les Moïse, les saint Louis, ont cela de commun entre eux, qu'ils sont faux, froids et ennuyeux à la mort; c'est toujours une tâche imposée, une œuvre de commande; toujours on a dit au poète, ou il s'est dit à lui-même : 11 est temps d'enrichir la France d'une épopée; et làdessus il s'est mis à la besogne, rencontrant parfois de beaux vers, comme on en cite quelques-uns dans la Henriade, comme on en trouverait à la rigueur dans la Franciade, comme il est impossible au poète de n'en pas rencontrer à la longue. Mais qu'est-ce que cela prouve? et quelle triste compensation que ce qu'on est convenu d'appeler de beaux vers pour de mauvais poèmes? ^La préface de Ronsard est curieuse encore à d'autres

égards. On y voit dans quel sens il entendait l'innovation et la rénovation des mots, et comme il était plus Gaulois et moins Grec qu'on ne l'a vouJu dire. On y lit une désapprobation formelle, une raillerie amère de ces 7'obms de cour, tout entichés (Vilalianisme, et dont Henri Estienne s'e>t tant moqué. Ce qui frappe enfin dans cette prose de Ronsard, c'e.«t la verve et l'éclat du style. l Je rappellerai surtout le beau passage où il s'attache à distinguer le poète du versificateur. Quant à la péroraison même, à cette éloquente invective contre les latinevrs et grécaniseurs, à ces élans d'une noble et tendre affection pour la langue maternelle, rien n'est mieux pen^é ni mieux dit dans Y Illustration de Joachim Dubellay; et quand on considère que de telles pages ont été écrites avant le livre des Essais, on se sent plus vivement disposé encore à en estimer, à en aimer les auteurs, et à les venger enfin d'un injurieux oubli. ■>

{Sainte-Beuve.)

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