PAR AMADIS JAMIN
SKCBKTAIBE DE LA CHAMI1HF. DU llOV
Neptunej gardant encor son courroux contre les Troyens, à raison du parjure Laomedon, employé, outre ses forces, la puissance de Junon, d'Iris et d'EoIe, pour se venger sur Francus, voulant ensevelir luy et ses destins sous la mer. Fraocion, tourmenté des (empestes, et ayant perdu tous ses vaisseaux, le sien excepté, fut poussé contre des rochers de l'isle de Crète, en laquelle un roy nommé Dicée, c'est à dire roy juste et droiclurier, le reçoit avec toute courtoise libéralité. Ce roy, courant un cerf, rencontre d'aventure ces Troyens endormis sur le rivage, recreus de travail et lassitude. Cybele avoit envoyé à ce roy le dieu de Somme en songe, pour luy donner envie d'aller à la chasse ce mesme jour. Francion fait entendre à Dicée son nom, son pays et sa ville, et l'occasion de son navigage, et son naufrage. Les fantosmes de ses compagnons, que la tempeste avoit engloutis, se présentent à luy la nuict suivante : ausquels il dresse des tombeaux vuides appelés xevoTÂ^ix, et leur fait des obsèques. Après il supplie la déesse Venus qu'elle le vueille garder et favoriser. Venus envoyé son enfant Amour pour blesser et rendre amoureuses les deux filles du roy Dicée, nommées l'une Clymène, et l'autre Hyante. Au mesme instant Francion et ses compagnons couverts d'une nue arrivent au chasteau. Un feslin solennel se fit après souper, où Tcrpin, chantre très-excellent, dit un hymne d'amour. Dicée, triste, conte à Francion la cause de sa tristesse, et comme son fils Orée est détenu prisonnier sous la tyrannie du géant Phovère. Francion s'offre à le combattre : ce qu'il fait de si magnanime courage, et avec telle prouesse et dextérité, qu'il le tue, et retire Orée de sa captivité. On ne saurait lire un si brave duel en tous les poêles grecs et latins. Dicée, bien joyeux, embrasse le victorieux, et chante son honneur, et solennise sa victoire.
(Le lendemain du festin donné par Dicc'e aux Troyens, à l'aube, le géant Phovère se présente aux portes de la ville : il joint le sarcasme au déQ et appelle qui voudra à un combat singulier.)
De tels propos comme il s'alloit bravant ', A larges pas Francus vint au devant :
'< Je suy celuy que ton orgueil mesprise, Jeune ^ Troyen, autheur de l'entreprise, Qui te veux faire avant le soir sentir A ton^ malheur que peut un repentir.
Va-t-en braver, de tes paroles fîeres, Vieillards, enfans et pauvres filandieres, Qui, tout le jour tirant le fuseau plein. Gagnent leur vie au labeur de leur main. Approche-toy, tu as trouvé partie * Qui sçait comment les vanteurs on chastie. Quoique tu sois au combat dangereux, Si° seras-tu, Phovere, bien-heureux D'aller victime à l'onde acherontide Tué des mains d'un si jeune Hectoride. >
Il dit ainsi. Le gean, d'autre part.
Sur luy ruant *^ un terrible regard, D'un œil qu'à peine en biais il abaisse. De ce Troyen contemploit la jeunesse.
Ne le voyant de corps massif ny fort, Ny de visage ou d'effroyable port, Ny d'un semblant qui, brave, se fait craindre.