XIV BIOGRAPHIE
« La tem pesté grande
Avecques Lassigui* cuida faire toucher Poussée aux bords Anglois, ma nef contre un rocher. Plus de trois jours entiers dura ceste tempeste, D'eau, de gresie et d'esclairs nous menaçant la teste 2, »
A la fin, nostre futur Arion, comme l'appelle Claude Binet, s'échappa à la nage.
En récompense de ces bons offices, le duc d'Orléans le mit hors de page, et bientôt l'envoya en Allemagne accompagner Lazare de Baïf à la diète de Spire (1540). L'ambassadeur de France emmenait avec lui son fils, Antoine de Balf, et son médecin ordinaire, Charles Estienne, de l'illustre famille de Robert et d'Henri Estienne. En cette société agréable et savante, Ronsard apprit l'allemand et sentit se réveiller en lui le goût de l'étude. De là il suivit à Turin son parent, Guillaume de Langey, seigneur du Bellay et vice-roi du Piémont. Rabelais se trouvait alors en Italie : le grand railleur rencontrant notre jeune poète le railla sans doute; car de celte époque date entre les deux esprits une antipathie qui ne s'apaisa plus.
A seize ans, P. de Ronsard avait donc déjà beaucoup voyagé et beaucoup vu. Il était en passe de devenir un habile diplomate et il arrivait rejoindre la cour à Blois pour s'y reposer et s'y concilier les bonnes grâces et les laveurs qui, d'ailleurs, ne demandaient qu'à venir à lui, quand une maladie grave, causée sans doute par la fatigue, vint, d'une façon tout inopportune, arrêter ses résolutions et changer sa destinée entière :
« La maladie,
Par je ne sçay quel destin, me viut l)oucher l'ouïe, Et dure m'accabla d'assummement si lourd Qu'encores aujourd'huy j'en reste demy-sourd^. »
1. Lassigni. — Probablement A^Acigné. Ce serait un neveu de Judith d'Acigné, épouse de Jean de Canaples, dont le portrait au crayon est conservé à la Bibliothèque nationale. (P. Bl.)