POUR HELENE
Voyant par les soudars ma maison saccagée Et tout mon pays estre image de la mort^, Pensant à ta beauté, tu estois mon support, Et soudain ma tristesse en joye estoit changée.
Résolu, je disois : « Fortune s'est vengée, Elle emporte mon bien, et non mon reconfort. » Hà! que je suis trompé I tu me fais plus de tort Que n'eust fait une armée en bataille rangée.
Les soudars m'ont pillé, tu as ravy mon cœur; Tu es plus grand voleur, j'en demande justice : Tu es plus digne qu'eux de cruelle rigueur'.
Tu saccages ma vie en te faisant service : Encores te mocquant tu braves ma langueur, Qui me fait plus de mal que ne fait ta malice*.
1. Hélène. — C'est le LXII« des sonnets adressés par Ronsard à Hélène de Surgères, fille d'honneur de Catherine de Médicis. Souvent le poète la confond poétiquement avec Hélène, sœur de Castor et de Pollux, qui, ravie par Paris à Ménélas, fut cause de la guerre de Troie. Ce sonnet doit avoir été adressé à Hélène pendant les guerres de religion qui ont surtout désolé, à cette époque, l'ouest de la France après l'année 1562.