‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 7 sur 462 · Coqueret. — Ce collège était situé rue des Sept- Voies · texte numérisé non relu

Coqueret. — Ce collège était situé rue des Sept- Voies

BIOGRAPHIE wii

Nous ne pouvons aussi oublier do quel désir et envie ces deux futurs ornemens de la France s'adonnoient à l'estude; cai Ronsard, qui avoit esté nourri jeune à la cour, accoustumé à veiller tard, conlinuoiL. à l'estude jusques à deux ou trois heures après minuict, et se couchant réveilioit Baïf qui se Jevoit et prenoit la chandelle et no laissoit refroidir la place.

u Kn ceste contention d'honneur, il demeura sept ans avec Dorât S continuant tousjours l'estude des lettres grecques et lajtines et de la philosophie el~aûtres bonnes sciences, pour lesquelles il fut aussi auditeur ci AtA-ian Turnebe, lecteur du roy, et l'honneur des bonnes lettres. Il s'adonna des lors souvent à faire quelques petits poëmes. où paroissoit des lors je ne sçay quoy du majînanime characlere de son Virgile, premiers essais d'un si brave ouvrier. (Juand Dorât eut veu que son instinct se deceloit à ces petits eschanlillons, il luy prédit qu'il seroit quelque jour l'Homère de France;... et, pour le nourrir de viande propre, luy leut de plain vol le Promethée d'Eschile, pour le mettre en plus haut goust d'une poésie qui n'avoit encore passé les mers... : « Et quoy, dit-il à Dorât, mon maistre, m'aviez-vous caché si longtemps ces richesses? » Ce fut ce qui l'incila encor, outre le conseil de son précepteur, à tourner en françois le Plutus d'Aristophane et le faire représenter en public au théâtre de Coqueret, qui fut la première comédie françoise jouée en France.

Mais Ronsard, qui n'avoit ny faute de cœur ny d'enthousiasme pour monstrer que la poésie estoit née avec luy en' France, osa passer plus avant et pria Dorât de lui ouvrir le chemin d'Homère, de Pindare et de Lycophron. U ne vid pas si tost le passage ouvert qu'il se lit maistre de la campagne. » (Vie de Ronsard, par son disciple et ami, Claude Binet.)

C'est au sein de cette École normale du temps, comme l'appelle Sainte-Beuve, au milieu des veilles laborieuses et des discussions familières que Ronsard passa sept années (io42 à 1549 ou looO) à préparer la révolution littéraire qu'il méditait. 11 s'esquivait cependant, et de temps en temps reparaissait à la cour. Pendant une de ses visites au château de Blois, il fit une rencontre qui, souvent, stimula son génie poétique et nous valut plusieurs chefs-d'œuvre. Un jour qu'il errail

1. Dorât. — Ce célèbre helléniste limousin s'appelait Jean Disnemandi ; il était d'un village de la Haute- Vienne appelé le Borat ; de là, il prit sou nom de Dorât qui est aussi écrit DauratondAurat, en latin Auratus; en grec AvpaTo;.

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