LETTRE A MADEMOISELLE DE BEVERWEERT
Je me suis assez mal justifié auprès de vous du méchant usage que j'ai fait des droits que nous avions sur la vie de son Excellence. Si vous vous contentiez d'une petite mort subalterne , je vous offrirais la mienne, pour en faire faire ce qu'il vous plairait à mademoiselle de La Roche ; mais ma mort ne mérite pas d'être considérée. Je suis peu de chose en quoi que ce soit, petit joueur auprès de madame Mazarin, petit mortel auprès de vous , indigne de mourir pour votre service. Je veux vivre, et joindre mes ressentiments aux vôtres, pour nous venger de l'ambassadeur, et rétablir par notre vengeance l'honneur de vos charmes. Je n'espère plus rien aux rivières ni aux arbres d'Audley-End. Son Excellence n'est pas Excellence à se noyer ni à se pendre : elle engraisse de vos rigueurs, et votre indifférence lui doqne une allure si ferme et si assurée , que je lui trouve de la santé pour £aire quatre paix générales au lieu d'une >. Il pourrait enterrer tous
* Le comte de Melos venait d'être nommé par le roi de Portugal son ambassadeur plénipotentiaire an traité de Nimègue.
' Le comte de Melos était d'une extrême maigreur; il avait une démarche si chancelante, qu'on eût dit qu'U allait tomber à chaque pas. Il mourut à Londres, dans le temps qu'il se préparait à passer la mer pour se rendre à Nimègue.
4tl0 CKIIVIIRS CHOIHIRS
lei pléiiipotfiutiuiretf de Nimègue, il vous cu)iiUiiui«% à la inaltroitar : ma laëclain far a me^ gan furho; et Ja voun donnaroi uria iiivaation à réduira la comta da Malos au plus pitoyolila état du inonda. J*ai observé que vo» cruauté» la font vivra : il faut (jua von fovauri la fanant périr. Il tm m>uvient dii rartaiuaa amours où son Kxcallancta autc^ntentainant; mais il ne sa moqua pas des ((rûcas da la belle, comme il fait de vos rigueurs , cur il en devint malade à un tel point , que las médecins eurent bien de la peine à le guérir. Quand on a de bons exemples, il n*est pas malaisé de se comiuira : je vous conseille, mademoiselle, de vous régler sur celui-ci; et ne ma croyez Jamais , si quatre Jours de bon traitement no reculent plus le voyante de Mimèf^ua que Topposition deu l'ispagnols et c^elle de tous les confédérés ensemble ne feraient. Je vois vous expliquer la chose en vers; aussi bien vous an dois-Je quelques-uns pour ceux que vous m*avez envoyés. Vous aurex nom Calisle, s*il vous plaît : le nom est beau , grand , et sonore , non pas connne ceux d*une cbétive Philis et d'une mince Iris, qui ne sauraient me donner Jamais une gronde idée.
Csliita, k ses vœux trop rebolts , .
Hmnhltf avoir réiolu sa mort (
Mai« OHlikle se trompa fort
De fHlre avec lui ts (iriialla i
Lus rigueurs SMurcJit «es Jourii ;
Pour en liuir bientôt lo cours
Il faut contenter sou envie ;
Il vivrait c(>nt aii« de dt^nln»,
MttiN je eroiH qu'il n^s pu» de vie
Pour eiii(| ou kIx Jouri de plttinirs.
(!omineueex d^ôtre favorable ,
Demain autiinentex ramili^ »
Vent*y, aux \Miu crieU d^uie bonne pitié, 0*efet \k le vrai moyen de punir le r^tupable ;
Il peut Houllrir touH \m iur <umiU
Qu*Amuur sait donner aux «imiinlN.
DU (iAlNT-KVIUmOND. 407
LKTTHIC A MADKM01SICU.Ë im VmoUOH.
Votre vie, mo trèa-chère, a été trop illuRtre pour n'(Hre pas coQtiauée de la mémo manière jusqu*à la fin. Que TentVr de M. de La Hoohefoucault ne vous épouvante pas ' ; e*était un enfer médité, dont il voulait foire une maxime : prononce» donc le mot d*amour hardiment, et que celui de vieille ne Horte Jamais de votre bouche. Il y a tant d^esprit dans votre lettre, que vous ne laisser pas mdme imaginer le commencement du retour. Quelle ingratitude d*avoir honte de nom< nier Tamour, h qui vous deve% votre mérite et vos plaisirs i> Car enfin, ma belle gardeuse de cassette, la réputation de votre probité est particulièrement établie sur ce que vous nvex résisté h des amants qui se fussent accommodés volontiers de Targent de vos amis. Avouer toutes vos passions , pour faire valoir toutes vos vertus ; cependant vous n*ave/ exprimé que la moitié du caractère : il n'y a rien de mieux que la part qui regarde vos amis, rien de plus sec que ce qui regardait vos amants. Kn peu de vers je veux faire le oarac* tère entier ; et le voici formé de toutes les qualités que vous avex, ou que vousavess eues :
Dans vos amours on voua trouvait légiVe »
Kn lunltié toujours H(lro et sincère ;
l'uur vos amsnta, lea liumeurs do Vénus ,
Pour vos amis, \m Holidea vertuii :
Quand les premiers voua nonunalcnt infidélo,
Kt qu^aaiiorvla encore h votre loi ,
Ils reprochaient une llammo nouvelle, LeA autres rc louaient do votre bonne foi.
TanlAt c'était le naturel d'HtM^ne ,
Hua appétlta comme toua aca appas ;
Tantôt c'était la probité nmiaine ,
C'était d'honneur la régie et le compa».
Dana un couvent en weur dépositaire.
Voua aurles bien méungt^ quelque nfOike ,
Kt dana le monde ^ garder lea dépota, On voua eût Justement préférée aux dévotH.
* L'enfer dei» feiuiue« . uVxt In vhHleMe, dUnlt un joMr lo duc dA l«d IKO" cHefiHiCMuU A mmlomulHulle de l'Kuctuii,
Que cette diversité ne surprenne point i
L^ndulgeate et sage Nature A tonné Vàme de Ninon De la Tolupte dlÊpicure Et de la vertu de Caf on.