‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 11 sur 116 · SUB SAINT-EVHEMOND. XVII · texte numérisé non relu

SUB SAINT-EVHEMOND. XVII

maoifestera par des écrits qui porteront le cachet de son esprit et de son caractère, et seront accueillis comme autant d'oracles de bon goût et de savoir. Plus d'une fois le libraire Barbin lui écrira pour lui demander quelque ouvrage nouveau ; et sur le refus du gentil -homme » qui n'écrit qu'à ses heures et rejette toute espèce de travail assujettissant, il s'adressera aux plumes mercenaires qui, tant bien que mal, lui feront du Saint Évremond,

L'exilé de Londres, usant du privilège que donne une disgrâce imméritée, aurait pu causer plus d'un repentir au pouvoir ombrageux qui l'avait banni. Mais ce qui distingue Saint-Évremond , c'est une mrodératîon et une mesure qui vont bien jusqu'à faire naître sur les lèvres du gentilhomme normand le sourire malin de l'ironie, mais qui ne comportent nullement ces haines vigoureuses résultat des fortes convictions, et propres aux caraorères véritablement indépendants et libres. Son style n'aura ni l'âpreté de celui des réfugiés que les persécutions religieuses relégueront , après la révocation de l'Édit de Nantes, en Hollande et en Angle* terre , et ses censures n'atteindront pas la hauteur philosophique à laquelle parviendront les écrivains du dix-huitième siècle qui après lui visiteront l'Angleterre régénérée par sa révolution de 1688.

Ce n'est pas qu'il fût insensible aux avantages qu'il trouvait dans un pays régi par les lois, au moment où il échappait à ce régime du bon plaisir monarchique qui lui avait valu la Bastille et l'exil. Il avait pu surtout comprendre la différence des deux systèmes , lors du séjour qu'il fit à La Haye pendant les premières années de cet exil (19). « Après avoir vécu dans la « contrainte des cours, écrivait-i| à ses amis, il me parait bien « doux d'achever ma vie dans la liberté d'une république , dans A un pays où les lois guettent à couvert des volontés des hommes, tt et où, pour être sûrs de tout, il suffit que nous soyons sûrs de 41 nous-mêmes. » Mais l'halHtude de ne considérer la vie que par son côté extérieur ne lui faisait goûter que médiocrement le bonheur de vivre au soin d'une république (cela s'est vu quelquefois) : il quitta donc sans regret La Haye après un séjour de quatre années, pour retourner à Londres , où il se félicita de trouver « un milieu entre les courtisans français et les bourgmestres de Hollande. »

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