‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 12 sur 116 · XVIII NOTICE · texte numérisé non relu

XVIII NOTICE

Cette abseuce d'enthousiasme et de foi que je viens de signaler dans Saint-Évremond s'explique aisément par les circonstances au milieu desquelles s'était écoulée la première partie de sa vie, et surtout par son caractère. Il n'y avait nullement en lui Tétoffe d'un novateur, et il n'était point d'humeur à braver le martyre pour quelque cause que ce fût. N'ayant vu, comme le duc de la RochefoucauU , dans les agitations de la guerre delà Fronde que la lutte des intérêts et des ambitions personnelles, il n'était que trop bien disposé à pratiquer la morale dont l'auteur des Maximes a exposé la théorie. La plus importante occupation, le soin le plus cher, le devoir le plus impérieux de l'homme, c'était, selon Saint-Évremond , de conduire avec le plus de prudence, de calme , et en réunissant la plus grande somme possible de bien-être, cette existence trop courte, et trop souvent consumée sans résultat et sans fruit à poursuivre des chimères. « La sagesse ne nous a été donnée, dit-il quelque part, que pour ménager nos plaisirs, tt

En vertu de ses principes, Saint-Ëvremond ayant à s'expliquer sur les sciences auxquelles peut s'appliquer un honnête homme» écarte tout d'abord , comme trop compromettantes sans doute, la théologie, la philosophie, et les mathématiques. Celles-ci sont d'un accès trop difficile et d'une étude trop compliquée. « J'ad- « mire, dit-il, les inventions des mathématiciens et les ouvrages M qu'ils produisent ; mais je pense que c'est assez aux personnes « de bon sens de les savoir bien employer; car, à parler sagen ment, nous avons plus d'intérêt à jouir du monde qu'à le con- « naître. » Quant à la théologie , il s'en éc^tç avec un respect mêlé de crainte , et ne cesse de s'étonner de l'imprudence avec laquelle on se joue avec les redoutables mroblèmes qu'elle soulève. « On brûle un homme assez malheiflpF pour ne pas croire « en Dieu , dit-il, et cependant on demande publiquement dans « les écoles s'il y en a un. Ce serait assez pour nous, ajoute-t-il» « d'avoir de la docilité et de la soumission ; laissons de côté cette « doctrine, tout entière à nos supérieurs, et suivons avec res- « pect ceux qui ont le soin de nous conduire. «

La soumission absolue de Saint-Évremond à l'autorité, dont il reconnaît la toute-puissance , prenait sa source dans la fausse idée qu'il s'était faite de la philosophie spéculative, qui ne présentait

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