‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 13 sur 116 · SUB SAINT-EYBEMOND. XIX · texte numérisé non relu

SUB SAINT-EYBEMOND. XIX

à son scepticisme qu'une série de contradictions et d'erreurs. Écoutons-le lui-même :

« Vous voulez savoir ce que vous êtes et ce que vous serez un « jour quand vous cesserez d'être ici. Mais dites-moi , je vous '( prie, vous peut-il tomber dans Tesprit que ces philosophes dont « vous lisez les écrits avec tant de soin aient trouvé ce que vous « cherchez ? Ils l'ont cherché comme vous, monsieur, et ils l'ont « cherché vainement; Votre curiosité a été de tous les siècles, « aussi bien que vos réflexions et l'incertitude de vos connais- « sances. Le plus dévot ne peut venir à bout de croire toujours, n ni Je plus impie de ne croire jamais ; et c'est un des malheurs « de notre vie, de ne pouvoir naturellement nous assurer s'il y » en a une autre, ou s'il n'y en a point. »

Il n'épargne ni Platon, ni Socrate , ni Aristote, ni Sénèque. IL ne respecte pas même Descartes.

« Qu'a fait Descartes par la démonstration prétendue d'une <i substance purement spirituelle, d'une substance qui doit pen- « scr éternellement ? Qu'a-t-il fait par des spéculations si épurées ? « Il a fait croire que la religion ne le persuadait pas, sans pouvoir (t persuader ni lui ni les autres par ses raisons. »

C'est absolument le même scepticisme qui dictera à Pascal contre Descartes ce reproche, aussi injuste qu'amer : «c Descartes « aurait bien voulu se passer de Dieu ; mais il n'a pu s'empêcher « de lui faire donner une chiquenaude au monde, pour le mettre « en mouvement. »

Pascal et Saint-Évremond ont confondu deux choses bien distiuctes, à savoir certaines questions ardues dans lesquelles s'égare quelquefois le génie des systèmes métaphysiques , et la philosophie elle-même, qui, renfermée dans un cercle de vérités incontestables, n'est autre chose qu'une science positive, une science d*observalion et d'expérience. Certes Saint-Évremond avait raison de se séparer hautement de certains libres penseurs du dix-septième siècle, de ces prétendus esprits forts de l'école de Desbarreaux, l'athée, « qui ne croyait en Dieu que lorsqu'il était ma- « lade », et dont toute la philosophie n'était qu'une hardie négation de tout ce qui fait le fond de la conscience humaine. Mais la vraie philosophie est essentiellement religieuse ; et comme il y aura toujours deux sortes d'esprits, ceux qui croient et ceux qiù

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