XX NOTICE
raisonnent, il eût dans sos écrits combattu plus efGcacemeut Tincrédulité, s'il avait pris au sérieux cette philosophie tant calomniée, et qui offre cependant un fondement solide et aux principes religieux et aux lois morales. L'indépendance de Saint-Êvremond tenait plutôt au caractère de son esprit qu'à ses convictious et à la solidité de ses principes; de même que sa tolérance provenait bien moins de son respect pour le droit que de la facilité de ses mœurs et de sa bonté naturelle.
L'homme véritablement indépendant ne laisse pas flotter les principes qui dirigent sa conduite et commandent à ses convictions, au gré des événements, et surtout selon les besoins de son intérêt personnel. Guidé par une philosophie calme et tolérante, il ne renonce pas plus à ses convictions quand la mobilité des jugements humains semble les frapper de discrédit, qu*il n'abuse de leur triomphe pour condamner avec rigueur chez les autres un droit qu'il considère comme sacré pour lui-même.
En dépit de son scepticisme, c'est à la philosophie, c'est au libre examen de sa raison que Saint Évremond a recours pour se maintenir éloigné de toute exagération, au milieu des querelles qui mettent aux prises les plus nobles intelligences de son époque. S'agit-il, par exemple, de décider entre les solitaires de Port- Royal et les casuistes d'une société fameuse, il ne prend parti ni pour les soutiens de la morale relâchée ni pour les rudes champions de la morale rigide ; il ne voit dans ce débat célèbre qu'une guerre d'amours-propces et une lutte d'influence. Tel est l'esprit dans lequel il écrit sa Conversation entre le père Canaye et le maréchal d* Uocquincourt» et son Entretien avec M. d'Aubigny (20).
Aussi mordant et aussi incisif que le sera deux ans après Fillustre auteur des Provinciales, aussi habile à mettre en scène ses personnages, il a do plus le mérite de nous faire rire à leurs dépens , sans joindre la passion du sectaire à la fine raillerie du moraliste. L'autorité de Féiif Ion ne l'engage pas non plus à se reposer au sein de ce Quiètisme, qui cependant semblerait si bien convenir à son humeur douce et tendre ; et le spectacle des couversions éclatantes qui servent de dénoûment à Taventureuse existence de la plupart des fenunes célèbres du dix-septième siècle, depuis mademoiselle de la Vallière jusqu'à madame de Longueville, n'est pour lui qu'une occasion d'écrire les pages in-