‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 15 sur 116 · SUB SAINT-EVBEMOND. XXI · texte numérisé non relu

SUB SAINT-EVBEMOND. XXI

génieuges dans lesquelles il s'attache à démontrer que la dévotion n*est souvent que le dernier de nos amours.

Ce bon sens superficiel et moqueur, qui garantit des exagérations de Tespril de syslème, mais qui permet rarement de pénétrer jusqu'au fond des choses , Saint-Evremond rapplique avec un bien plus grand succès aux matières littéraires. Tandis que la critique du temps repose exclusivement sur certaines lois fixes et invariables, au lieu de remonter aux principes, de chercher la raison primordiale et philosophique des choses, soit dans les règles de la logique, soit dans fétude du cœur humain, SaintÉvremond demanda à la raison, aux témoignages de fhistoire, à la comparaison des littératures des différents peuples, à l'analyse des lois de la pensée, les principes sur lesquels reposent la science du grammairien et les appréciations de l'homme de goût. La dissertation sur le mot Vaste est un exemple remarquable de cette large méthode, qui, appliquée avec plus de rigueur encore, produira la philologie. Il connaît mieux qu'aucun de ses contemporains le genre de mérite qui distingue les écrivains anciens, la nature du merveilleux siir lequel travaille l'imagination des poètes, l'influence que le culte national exerce sur le développement des arts. Quelques pages lui suftisent pour dégager de ses obscurités la question embrouillée par Perrault, la Motte, madame Dacier et Despréaux lui-même, supposant dans les écrivains grecs et romains des beautés qui ne s'y trouvent pas, et passant à côté des beautés réelles qui s'y trouvent. D'ailleurs, la circonstance qui le tient éloigné de la France ouvre à ses regards un horizon plus étendu. Les littératures anglaise , espagnole et italienne, lui fournissent des termes de comparaison, qui lui permettent d élargir le cercle des poétiques officieltea. Aussi, rien de plus sensé et de plus juste que les jugements qu'il porte sur la tragédie de Corneille opposée à celle de son rival, et que les considérations dans lesquelles il apprécie la valeur poétique de Malherbe, de Voiture, de Sarrazin, de Benserade, deMolière, de La Fontaine, de Boileau,

Mais j'ai hâte d'arriver à ce qui assure à Saint-Évremond une place réellement importante dans l'histoire littéraire delà France : je veox parler de ses œuvres historiques. Les mêmes qualités qui l'auraient mis au premier rang des critiques du dix-septième siècle,

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