‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 18 sur 116 · XXVI NOTICE · texte numérisé non relu

XXVI NOTICE

derniers temps, de tout louer et de tout approuver sans distinction , ainsi qu'il nous l'apprend dans les vers suivants, que je cite comme un cctiantillon de cette prose rimée qu'il avait la bonhomie de prendre pour de la poésie :

Je perds le goût de la satire ; L'art de louer malignement Cède au secret de pouvoir dire Des vérités obligeamment.

Fidèle, pendant sa longue vieillesse, au culte de la beauté, Saint-Évremond, par un privilège qui n'appartient qu'à lui, put, sans paraître ridicule, laisser éclater son admiration et son amour pour la belle Hortense. 11 est impossible, d'ailleurs, de se justifier avec plus d'amabilité et de grâce qu'il ne le fait.

<( Vous vous étonnez mal à propos que les vieilles gens aiment « encore; car leur ridicule n'est pas de se laisser toucher, c'est « de prétendre imbécilement à pouvoir plaire. Pour moi, j'ainie « le commerce des belles personnes autant que jamais; mais M je les trouve aimables, sans dessein de m'en faire aimer. Je ne « compte que sur mes sentiments, et cherche moins avec elles « la tendresse de leur cœur que celle du mien. Le plus grand » plaisir qui reste aux vieillards, c'est de vivre ; et rien ne les as- « sure si bien de leur vie que leur amour. Je pense^ donc je suis, « sur quoi roule toute la philosophie de Descartes, est une cx)n- « clusion pour eux bien froide et bien languissante, faime, donc « je suis, esi une conséquence toute vive , tout animée , par où « l'on rappelle les désirs de la jeunesse, jusqu'à s'imaginer quel- (( quefois d'être jeune encore. »

On conçoit aisément que les femmes , dont il reconnaît ainsi le pouvoir, aient trouvé bien des charmes dans la conversation du spirituel vieillard, qui semble du reste avoir fait une étude particulière des moyens les plus propres à se conciher leurs bonnes grâces.

« Le premier mérite auprès des dames, écrit-il dans une lettre « où il expose ses principes sur la manière de converser avec les et femmes, est d'aimer ; le second est d'entrer dans la conûdence de « leurs inclinations ; le troisième, de faire valoir ingénieusement « tout ce qu'elles ont d'aimable. Si rien ne vous mène au secret « du cœur, il faut gagner au moins leur esprit par des louanges ;

Page 1