XXXII NOTICE
•'accordent pour se plaindre de son extrême avarice. Cette mauvaise langue de Tallemant des Réanx ne tarit pas sur ce sujet « Lors de sa présentation à l'bôtel de Rambouillet, en 1628, il a voit un habit de satin colombin, doublé de panne verte, et passeuicnté de petits passements colombin et verts, à œil de perdrix. U avoit toujours les plus ridicules bottes du inonde et les plus ridicules bas de bottes. Je pense qu'il n'a jamais rien eu de neuf. Quehiue vieille que soit sa perruque, il en a pourtant encore une plus vieille pour la chambre , et un chapeau encore plus vieux. — Je lui ai vu un crêpe , à la mort de sa mère , qui à force d'être porté étoit devenu feuille morte. — On lui a vu un justaucorps de taffetas noir moucheté ; Je pense que c'étoit d'un vieux coMllon de sa sa^or, avec qui il demeure. — On meurt de froid dans sa chambre, il ne fait quasi point de feu. — Uénage, racontant une visite qu'il lui fit, prétend qu'il vit dans la cheminée les mêmes tisons qu'il y avait vus douze ans auparavant. Apres qu'il eut publié sa Pucclle , comme le livre était cher , il associait deux personnes , pour ne donner qu'un seul exemplaire, au lieu de deux : simveat les destinataires demeuraient à deux extrémités opposées de Paris. > La PuceUe avait vingt-quatre chants. Il n'en parut du vivant de l'auteur que douze. On en a publié huit de plus dans l'édition de 1737. Les quatre derniers n'ont jamais été imprimés. M. de Monmerqné possi^de une vie mâH nuscrite de Chapelain , que Pon dit intéressante.
(9)Godeau était né à Dreux, en 1603. — Toéte médiocre, tant qu'il fut le favori de l'hôtel de Rambouillet , il y était connu sous le nom de Aai/i de Julie. La célèbre Julie d'Angennes avait écrit à Voiture en parlant de lui ! f II y a ici nn homme plus petit que vous d*une coudée , et , je vous jure, mille fois plus galant. » Plus tard l'évéque de Grasse et de Venoe fit oublier par des œuvres plus sérieuses, et , ce qui vaut mieux, parla pratique des vertus les plus solides, les œuvres trop légères par lesquelles il avait débuté dans le monde littéraire. Ses succès dans la carrière ecclésiastitiue commencèrent au moment où il fut pris en affection par le cardinal de Richelieu , auquel il avait dédié une paraphrase en vers du psaume BenedirAlc. u Vous me donnez lienedicite, et moi je vous donne Gnose », lui avait dit le ministre, qui ne laissait échapper aucune occasion de faire voir que lui aussi avait le droit d'être mis au rang des beaux esprits. Il avait dit à Vaugelas, à qui il venait d'accorder une pension, lorsqu'il vint le remercier au nom de l'Académie : < Vous n'oublierez pas dans votre dictionnaire le mot Pension, — Non , monseigneur, répondit l'académicien, ni celui de Reconnaissance, i
(10) François Cauvigny, sieur dcColomby, néàCaen, vers raunéo 1588, parent de Malherbe, qui se plaignait avec raison de ne lui avoir |>as communiqué le génie poétique. U n'en était pas moins parvenu à se faire donner une pension de douze cents écus,avec le titre pompeux d'Orateur du Roi pour les discours d^État. C'était beaucoup pour sa traduction de Justin et du I^*" livre des Annale^ de Tacite.
(11) Encore un bel esprit de Caen. François Métel de Bois-Robert, né en 1592, est plus cormu par ses bons mots, et par la liberté malheureusement trop cynique de ses reparties, que par ses dix-huit comédies, ses ronuins, ses deux volumes d'épitres en vers, ses nouvelles héroïques et amoureuses, son Parnasse royal et sa Paraphrase en vers des Psaumes de la pénitence. Ces nombreuses et importantes productions mériteraient cependant un examen sérieux.
SUE SAINT-EVBEliOMD. XXXII t
(42) Guillaume Colletet, né à Paris en 1996 , épOHx de la célèbre Claudine immortalisée par La Fontaine , qui ne fit des vers que pendant la vie de sou mari , dont elle avait commencé par être la servante On l'a confondu (|uelq»efoi8 avec François CoUetet, son fils , dont Boileau avait raison de critiquer les ouvrages peu estimables, mais dont il n'avait pas le droit d'injurier la misère, dans les vers où il le représente durement ;
Crotté Jusqu'à réChine, Allant chercher son pain de cuisine en cuLiine.
(15) Saint- Amant, encore une des victimes de Boileau» dont le caractéTre et les œuvres ont été l'objet d'une appréciation ingénieuse de la part de M. Pbilarète Cbasles , dans le volume intitulé : Études sur V^ Espagne , pubUé en IS47.
(14) Mademoiselle de Gonmai, femme extrêmement distinguée,. et qui mériterait d'être plus connue. Son respeét pour la mémoire de Montaigne, qui l'avait appelée sa fille d* alliance , l'engagea à publier dès 1595 une édition des EssaiSy qu'elle publia une seconde fois, avec beaucoup plus de soin encore, en 1653. La vie de mademoiselle détournai, écrite par ellemême et imprimée à la suite du recueil de ses enivres , publié en 1626, sous le titre de V Ombre de la demoiselle de Gournai^ renferme des faits intéressants , et fait aimer cette excellente fille , qui , si elle ne trouva p« la pierre philosophale ^ qu'elle avait, dit-on, longtemps chercliée, eut du moins l'avantage de vivre jusqu'à l'âge de soixante-dix-neuf ans, aimée et estimée, malgré quelques bizarreries de caractère, parles hommes distingués qui vécurent dans son intimité. L'ardeur qu'elle mit k défendre le vieux langage contre les sévérités de l'Académie devait naturellement engager Ménage à lui donner place dans sa Requête des Dictionnaires,
(15) Les Remarques de Faugelas sur la Langue Française; les Observotions de l'Académie Française sur les Remarques de Vaugelas; les 06servations de Ménage , les Doutes du père Bouhours , tous les écrits de la même époque, ne reconnaissent pour autorité souveraine, en matière de langue, que l'usage : Façon de parler^ dit Vaugeias,efe la plus saine partie de la cour, conformément à lajaçon d* écrire de la plus saine parlie des auteurs. Aucun d'eux ne songe à élever au-dessus de cette tyrannie de Tusage l*autorité de la raison et de la logique. Sous ce point de vue ils sont moins instructifs et moins profonds que ne l'étaient , au seizième siècle , les Faucket, les Pasquier, les Du Bellay , et les Henri Eslienne, qui avaient mieux étudié les origines et peut-être mieux apprécié le géni« de notre langue.
(16) La lenteur avec laquelle l'Académie travaillait à son Dictionnaire, justifiait assez cette application du distique de Martial , que citait Voiture , en substituant Lingua à Barba :
Bntrapeluc tonsor dum circnit ora Luperci,. Expuogitqne gênas, altéra barba subit.
Lambin , mon barbier et le vôtre , Rase avec tant de gravité.
Que tandis qu'il coupe un côté La barbe repousse de l'autre.
C'était le temps des travaux consciencieux : on se piquait moins de faire beaucoup que de bien faire. Vaugelas mettait vingt ans à traduire son Quinte-Curce, et recevait le prix de son labeur dans ce compliment d'un
XXXVI NOTICE SVB SAlNT-éYBEMOND.
que Saint-Évremond pour les ouvrages sortis de sa plame , il ne s'était occupé ni de réclamer contre les auteurs qui lui volaient son propre bien, ni contre les spéculateurs qui profitaient de la vogue attachée à son nom, pour mettre sur son compte plus d'une œuvre médiocre. On aurait pu fa* cikment augmenter du doultle le nombre des volumes publiés par ses éditeurs. Ils y ont, par scrupule de conscience, ajouté deux volumes, renfermant des morceaux qui, bien que composes par d'autres, n'étaient pas cependant jugés trop indignes de Saint-Évremond.
(26) Soyons juste : Loims MV ne lui garda, rancune que pendant trente ans. Lorsqu'en i6t<9 dut éclater la guerre entre l'Angleterre et la France, les protecteurs de Saint-Évremond obtinrent enfin pour lui du grand roi la permission de rentrer dans sa patrie, mais il étaihalors âgé de soixanteneize ans. et par conséquent , comme il l'écrivait au comte de Grammont, trop vieux pour se transplanter. « D'ailleurs , ajoutait-il , il aimait mieux • rester par choix à Londres, où il était connu de tout ce qu'il y avait « d'honnêtes gens, au l*on était accoutumé à sa loupe et à ses chevevx ■ blancs, que de retourner en France , où il avait perdu toutes ses habi> i« tudes, où il serait comme étranger , et où à peine connaîtrai t-il un autre « courtisan que le comte de Grammont lui-même. »
(27) Voici cette épitaphe :
Carola^t de Saint-Denis, Domini» de Salnt-Evremond ,
Nobill génère In Normannia ortas,
A prima Juventute
Milltis nomen dédit ,
Et per varia munera
Ad castroruro marescalU gradam evectus,
Gondaeo, Tarennio
AUUque Claris bclU ducibus
Fidcm saam et fortitiidlnem
Non seroel probavlt.
Rellcta patria, Hollandiam,
Deinde aCarolo II accttus, Angllam
Vcnll.
Philosophlani et humanioreA lllteras Féliciter excolnit.
Gallicam Itnguam , Tam solata , tu m numerls astricla oraUone Eipollvit, adornavit, locupletavit.
Anud potentUs. Anglisreges benevolentlam et favorem. Apud regnt proceres gratiam et fainlltaritateiu Apud omnes laudem et applaasum Merult.
Nonaginla annis major obiit.
Die IX septembrts mdcciil
Vlro clarisAlmo
Inler praestantlorcs
iEvi 8aisrr*ptorps,
Semper memorando,
A miel niœrentes
DE