‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 22 sur 116 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De TorigiDe fabuleuse des Romains, et de leur génie sous les premiers rois.

Il est de Forigine des peuples comme des généalogies des particuliers, on ne peut soufifrir des commencements bas et obscurs : ceux-ci vont à la chimère , ceux-là donnent dans les fables. Les hommes sont naturellement défectueux , et naturellement vains. Parmi eux les fondateurs des ÉtaG, les législateurs, les conquérants, peu satisfaits de la condition humaine , dont ils connaissaient les faiblesses et les défauts , ont cherché bien souvent hors d'elle les causes de leur mérite : et de là vient que les anciens ont voulu tenir ordinairement à quelque dieu , dont ils se disaient descendus , ou dont ils reconnaissaient une protection particulière. Quelques-uns ont fait semblant d'en être persuadés pour persuader les autres , et se sont servis ingénieusement d'une tromperie avantageuse,

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qui donnait de la vénération pour leur personne et de la soumission pour leur puissance ^

Il y en a eu qui s'en sont flattés sérieusement. Le mépris qu'ils faisaient des hommes , et l'opinion présomptueuse qu'ils avaient de leurs grandes qualités, leur a fait chercher chimériquement une origine différente de la ndtre ; mais il est arrivé plus souvent que les peuples, pour se faire honneur et par un esprit de gratitude envers ceux qui les avûent bien servis , ont donné cours à cette sorte de fables.

Les Romains n'ont pas été exempts de cette vanité-là. Ils ne se sont pas contentés de vouloir appartenir à Vénus, par Énée, conducteur des Troyens en Italie : ils ont rafraîchi leur alliance avec les dieux par la fabuleuse naissance de Romulus, qu'ils ont cru fils du dieu Mars, et qu'ils ont fait dieu lui-même après sa mort. Son successeur Numa n'eut rien de divin en sa race; mais la sainteté de sa vie lui donna une communication particulière avec la déesse Egérie , et ce commerce ne lui fut pas d'un petit secours pour établir ses cérémonies. Enfin les destins n'eurent autre soin que de fonder Rome, si on les en croit. Jusque là qu'une proridence industrieuse voulut ajuster les divers génies de ses rois aux différents besoins de son peuple *.

I L« scepUdsme historique de Saint-ÈTremond rappelle toot natoreUeinent les ouvrages compos&t depuis lui sur cette intéressante question de l'origine des Romains. Les plus importants sont : VHUtoire critique de la républifue rotnaine, par Gti. Lévesque (S vol., Paris, 1807 ) ; Sur rincer' titude drs cinq premiers siècles de l'Histoire Romaine , par L. de Beaufort ( La Hâve . 1750, 2 vol. in-S*), et surtout VHistoin Romaine de Niebuhr, dont le système a trouvé un éloquent et ingénieux interprète dans M. Michelct {Histoire Romaine, !•' vol.). Opposer à ces différents ouvr.iges : W, Wachmnth, Recherche» ^Mr C Histoire ancienne de VEmpire Roinain { 11alle« <S09 ; allemand ) , et V Histoire Romaine de M. Poirson.

3 Cet justement dont parle Saint- Évremond a été signalé par ceux des liîstorMtis qui ont partagé ses doutes sur toute la partie de riiisiDire romaine qu'embrasse la première décade deTite^Live. Les savants du sazx'^niesi^le avaient d<jà relevé œ qu'il pouvait y af oir de trop artistement nrr^n^ dans la succession des sept rois de Rome; mais ni eux ni Saintl^vmnMKl n'avaient poussé le scrpUcisme jusqu'à regarder comme entiërawfit fabuleuse une époque sur laquelle une foule de documents antlu'Utiques et de traditions respectables étaient parvenus jusqu^à Denis d •Habcamasse et Tite-Li^-e. Les fables qui ont été mêlées par nos vieiax

Je hais les admirations fondées sm des contes, ou établies par Tecreur des faux jugem^ts. Il y a tant de choses vraies à admirer chez les Romains, que c'est leur faire tort que de* les vouloir favoriser par des fables. Leur ôter toute vaine recommandation, c'est les servir. Dans ce dessein, il m'a pris envie de les considérer par eux-mêmes, sans aucun assujettissement à des folles opinions laissées et re<^ues. Le travail serait ennuyeux si j'entrais exactement dans toutes les particularités, mais je ne m'amuserai pas beaucoup au détail des actions; je me contenterai de suivre le génie de quelques temps mémorables et l'esprit différent dont on a vu Rome diversement animée.

Les rois ont eu si peu de part à la grandeur du peuple romain, qu'ils ne m'obligent pas à des considérations fort particulières. C'est avec raison que les historiens ont nommé leurs règnes V enfance de Rome , car elle n'a eu sous eux qu'un très-faible mouvement. Pour connaître le peu d'action qu'ils ont eu, il sufQra desavoir que sept rois , au bout de deux cents et tant d'années, n'ont pas laissé un État beaucoup plus grand que celui de Parme ou de Mantoue. Une seule bataille gagnée aujourd'hui en des lieux serrés donnerait plus d'étendue*.

Pour ces talents divers et singuliers qu'on attribue à chacun par une mystérieuse providence , il n'est arrivé en eux que ce qui était arrivé auparavant à beaucoup de princes. Rarement on a vu le successeur avoir les qualités de celui qui l'avait précédé. L'un, ambitieux et agissant, a mis tout le mérite

chroniqueurs- à lliistoire des premiers siècles de notre monarchie empécbent-elles que nous ne connaissions a^ec certitude ce qu'il y a de vrai dans cette partie de nos annales? Lire à ce sujet les savantes et spirituelles observations de M: J. V. Leclerc, dans son mémoire, si connu, Des Journaux chez les Romains,

^ Ce n'est pas ainsi qu'en ont jugé Bossuet et Montesquieu; et Machiavel avant eux avait fait ressortir avec force ( Discours sur Tite-LiveJ tout ce que Rome devait à ses rois, f Dès le commencement, dit Bossuet, les ou- < vrages publics furent tels, que Rome n'en rougit pas depuis même qu'elle « se vit maîtresse du monde. » Disc» sur VHist. Univ., III* part., p. 390, éd. de Didot. < On commençait à bâtir la ville éternelle, » dit Montesquieu {Grand, et Décad. des Romains ).

dans la guerre : Tautre, qui aimait naturellement le repos, s'est cru le plus grand politique du monde de se conserver dans la paix. Celui-là faisait de la justice sa principale vertu ; celui-ci n*a eu de zèle que pour oe qui regarde la religion. Ainsi chacun a suivi son naturel, et s'est plu dans Texereice de son talent; et il est ridicule de faire une espèce de miracle d*une chose si ordinaire. Mais je dirai plus. Tant s'en faut qu'elle ait été avantageuse au peuple romain, qu'on lui doit imputer, à mon avis , le peu d'accroissement qu'a eu Rome sous les rois ; car il n'y a rien qui empêche tant Te progrès que. cette différence de génie, qui fait quitter bien souvent le véritable intérêt qu'on n'entend point, par un nouvel esprit qui veut introduire ce qu'on connaît mieux , et ce qui d'ordinaire ne convient pas '.

Quand même ces institutions nouvelles auraient toute leur utilité, il arrive de la diversité des applications que diverses choses sont bien commencées, sans pouvoir être heureusement achevées.

La disposition était tout entière à la guerre sous Romulus. On ne fit autre chose sous r^uma que d'établir des pontifes et des prêtres *. Tullus Hostilius eut de la peine à tirer les hommes d'un amusement si doux pour les tourner à la discipline militaire. Cette discipline n'était pas encore établie, qu'on vit Ancus se porter aux commodités et aux eml^îUissements de la ville. Le premier Tarquin, pour donner plus de dignité au sénat et plus de majesté à l'empire, inventa les ornements et donna les marques de distinction. Le soin principal de Serviusfutde connaître exactement le bien des Romains, et de

^L'accroissement de Rome sous ses rois n'aurait pas été aussi insignifiant c(ue le pense Saint-Évremond s'il était Trai, comme rassuré Denis d'Halicamasse (Iîy. V, c iy) . que sous Servius Tullius elle pouvait déjà mettre quatre-Tingt mille hommes sous les armes.

' Saint'ÉYremond oubUe qneUe fut l'importance extrême des cérémonies religieuses dans toute l'histoire des Romains. Machiarel ( Disc, sur Tile- Liye , llv. P', chap. xi» et suivants ) s'étend longuement sur ce siget, qu« âaint-Evremond traite ici avec une légèreté un peu trop superficielle. Ferguson ( The History of ihe progrès» and terininathn ofihe Roman RepubUc, 5 vol.; London, «783) a sur les institutions religieuses de Nunna un chapitre intéressant.

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les diviser par tribus, selon leurs fecultés, pour contribuer avec justice et proportion aux nécessités publiques. « Tarquin le Superbe , dit Fiorus, rendit un grand service à son pays quand il donna lieu par sa tyrannie à rétablissement de la république. » C'est le discours d'un Romain, qui pour être né sous des empereurs ne laisse pas de préférer la liberté à Tempirer Mon sentiment est qu'on peut bien admirer la république sans admirer la manière dobt elle fut établie.

Pour revenir à ces rois , il est certain que chacun a eu son talent particulier; mais pas un d'eux n'eut une capacité assez étendue. 11 fallait à Rome de ces grands rois qui savent embrasser toutes choses parune suffisance universelle. Elle n'aurait pas eu besoin d'emprunter de différents princes les diverses institutions qu'un même aurait pu faire aisément durant sa vie '.

Le règne de Tarquin est connu de tout le monde, aussi bien que l'établissement de la liberté. L'orgueil, la cruauté, l'avarice étaient ses qualités principales : il manquait d'habileté à conduire sa tyrannie. Pour définir sa conduite en peu de mots, il ne savait ni gouverner selon les lois, ni régner contre.

Dans un état si violent pour le peuple , et si mal sûr pour le prince, on n'attendait qu'une occasion pour se mettre en liberté, quand la mort de la misérable Lucrèce * la fit naître. Cette prude farouche à elle-même ne put se pardonner le crime d'un autre : elle se tua de ses propres mains après avoir été violée par Sextus , et remit en mourant la veugeance de son honneur à Brutus et à Collatin. Ce fut là que se rompit la contrainte des humeurs assemblées depuis si longtemps, et jusque alors retenues.

11 n'est pas croyable quelle fut la. conspiration .des esprits à venger Lucrèce. Le peuple, à qui tout servait de raison, fut plus animé contre Sextus de la mort que Lucrèce se donna , que s'il l'eût tuée véritablement lui-même ; et, comme il arrive

' « On ne trouve point ailleur» dans les histoires, dit an contraire Mont tesquieu, une suite non interrompue de tels lioiumes d'État et de tels « capitaines. >

'^ On dirait aujourd'hui la malheureuse, l'infortunée Lucrèce.

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dam la plupart dei choses fiinesles, la pitié se mélantà dignatton, ebacon augmentait Vhorreur du crime psv la oompasslon qu'on a? ait de cette grande ? ertu si malheureuse.

Vous voyez dans Tite-Iive jusqu'aux moindres particularités de l'emportement et de la conduite des Romains : mélange bizarrre de fureur et de sagesse ordinaire dans les grandes réfolutions, où la violence produit les mémeà effets que la vertu héroïque, quand la discipline l'accompagne. 11 est certain que Brutus se servit admirablement des dispositions du peuple; mais de le bien définir, c'est une chose assez difficile.

La grandeur d'une république admirée de tout le inonde en a fait admirer le fondateur, sans examiner beaucoup ses actions.

Tout ce qui parait extraordinaire paraît grand si le succès est heureux, comme tout ce qui est grand paraît fou quand l'événement est contraire. Il fondrait avoir été de son siècle , et même l'avoir pratiqué, pour savoir s'il fit mourir ses enfants par le mouvement d'une vertu héroïque ou par la dureté d'une humeur farouche et 'dénaturée.

Je croirais, pour moi, qu'il y a eu beaucoup de dessein en sa conduite >. La profonde dissimulation dont il usa sous le règne de Tarquin me le persuade, aussi bien que son adresse à faire chasser CoUatinus du consulat II peut bien être que les sentiments de la liberté lui firent oublier ceux de la nature. Il peut être aussi que sa propre sûreté prévalut sur toutes choses; et que dans ce dur et triste choix, de se perdre ou de perdre les siens , un intérétsi pressant l'emporta sur le salut de sa famille. Qui sait si TambitloQ ne s'y trouva pas mêlée ? Coliatinus se ruina pour favoriser ses neveux : celui-ci se

> Comparu à ce jugement sur Brutu» celui que porte Bossuet, qui recounait combien dut être affermi dans l'amour de la liberté un peuple <(ui voyait ce consul sévère immoler à la liberté sa propre famille. Saint- Évremoml fait preuve ici» comme dans les autres parties de son ouvrage, d'une indépendance d'esprit que nous ne songeons nullement à reprendre ; mais ne peut'On pas expliquer la conduite de Brutus sans lui supposer des calculs intéressés?

BS £4UIT-C«UHOKB. 7

randitHakR «■ pifelicyvh p^Ww iiiiuiil 4e «s cal^da. Cl q«'0B ptat dn 4e fat iiiiwi, c'^ ^«'a sait qoel^M dnsB 4e faowte : c'éoa k sève 4a iHpB. Cb Htarai JHH anage ^M liln pnAnt ifaB . et a p«iwt fart

Dut la pnaùcn tmfa 4e la ré|«Mi^M — ciat faiimi de libalé et de bien pifaÛc; ramov éa jafs m iâii lil na «a BnaraoMnb 4e la mtmx; le Eck 4h cimji^ dùalwl ■e jntiee faoHAe, le pm nw^âit^MlexligB

même, par nBewipglitîiaa«»CTtHn«tiidia4e;o—e â le but 4b b aotsélé élut 4e mon obUgtr à wtemrâ, bées qa'die ait M imiiffi pour bovi fiâre nne anc bobs 4e dai^eretplasà90lnaiae.I^*mli»KeanitjeBe nie qnî 4e fi^rooe , et l'i^iaibralé 4ea combab Innît lies 4e sàtsoe dam la guar*. La cnw|BAa B'araicaa cseore »■ 4e BnUe ; a n'âait point im optit de sapàùnlé qai tbenUt à s'deiv ambiiîeDsenieot aa-dcsn> dn mmm. A praptontttf pailtr, les rinniMM l'iâml drn iBiiininilniii U iwiliiirr . i|«i rnn laintchaBcr les jattes poeeenenn 4e levs bsîbmc, «t labaora' I» fan i la omôi ks douaf» des aatm *.

Soarcnt le «oasal ndoneai D'étMt pas de mdlleare con- Aiûaa qae le peaple qu'il avait vûitea. Le nfiis da batû a ootlé la *ie, le partage des défwuîBes a aaaé le baaaisse-

• t.'liM«>Made fiut obmir, apr43 ijn'il > bioi Ut dlmnioicr

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ment; on a refusé d*al]er à la guerre soùs certains cbefe, on n*a pas voulu vaincre sous d'autres. La sédition sa prenait aisément pour un effet de la liberté , qui croyait être blessée par toute sorte d'obéissance, même aux magistrats qu'on avait faits et «ux capitaines qu'on avait choisis. Le génie de ce peuple était rustique autant que farouche. Les dictateurs se tiraient quelquefois de la charrue, qu'ils reprenaient quand l'expédition était achevée ; moins par le choix d'une condition tranquille et innocente, que pour être accoutumés à une sorte de vie si inculte, t^our cette frugsdité tant vantée, ce n'était point un retranchement des choses superflues, ou une abstinence volontaire des agréables, mais un usage grossier de ce qu'on avait entre les mains. On ne désirait point les richesses qu'on ne connaissait pas; on se contentait de peu, pour ne rien imaginer de plus; on se passait des plaisirs dont on n'avait pas l'idée. Cependant, à moins que d'y £Biire bien réflexion, on prendrait ces vieux Romains pour les premières gens de l'univers ; car leur postérité a consacré jusqu'aux moindres de leurs actions , soit qu'on respecte naturellement ceux qui commencent les grands ouvrages, soit que les neveux^ glorieux en tout , aient voulu que leurs ancêtres eussent les vertus quand ils n'avaient pas les grandeurs ■.

Je sais bien qu'on peut alléguer certaines actions d'une vertu si belle et si pure , et qu'elles serviront d'exemples dans tous les siècles ; mais ces actions étaient faites par des particuliers qui ne se ressentaient en rien du génie de ce temps-là ; ou c'étaientdes actions singulières^qui, échappant aux hommes par hasard , n*avaient rien de commun avec le train ordinaire de leur vie.

Il faut avouer pourtant que des mœurs si rudes et si gros-

' Le spirituel auteur du Mondain n'a-pas admiré, comité on le sait» plus que ne le fait Saint^Evremond la frugalité, le désintéressement cl la pau< vrété TOloutaire des grands hommes de l'ancienne Rome. Nous croyons néanmoins qu'il est juste d^honorer cette sagesse agricole, qui, commune d'ailleurs à tous les peuples de l'Italie, fit vivre et mourir dans une glorieuse pauvreté les vainqueurs de Pyrrhus et de Persëe, les généraux qui avaient enrichi leur patrie des dépouilles de Cartbage et de Corintbe,

tîQiiëera phBgnnAe

taolesa ta quelques certaîn que l'intérêi^e b grand, puisqiill y «Baille Tarquins, pnisqve R( Goiiolanvs que par les dttCipîlDle firtb après la débite de les Gaalois. lUs

laUes giKiTes ; ctà&evni, aies vu Feqpèee d'art

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posucotdela sAr«lé de lear svde

dûens, dont ils ponnsaient la

vîgilanee. Cette façon gmwicif défaire la g^nnc a

longtemps; les Romains ont fait

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fort braves et pea entendus, qui avaient alÊBiire à des ennemis moins courageux et plus, ignorants; mais parce que les che£s s*ai^laient des consds y que les troupes se nommaient des légions , et les soldats des Romains , on a plus donné à la vanité des noms qu'à la vérité des choses; et, sans considérer la différence des temps et des personnes , on a voulu que ce fussent de mêmes armées sous €amîlle, sous Manlius, sous Cincinnatus , sous Papirius Gursor, sous Curius Dentatus, que sous Scipiou , sous Marins, sous Sylla, sous Pompée, et sous César.

Ce qu'il y a de véritable dans les premiers temps , c'est un grand courage, une grande austérité de mœurs, un grand amour pour la patrie : une valeur égale dans les derniers , beaucoup de science en ce qui regarde la guerre et en toutes choses, mais beaucoup de corruption.

Il est arrivé de là que les gens de bien, à qui le vice et le luxe étaient odieux, ne se sont pas contentés d'admirer la probité de leurs ancêtres, s'ils n'étendaient leur admiration sur tout , sans distinguer en quoi ils avaient du mérite et en quoi ils n'en avaient pas. Ceux qui ont eu à se plaindre de leur siècle ont donné mille louanges à Tantiquité, dont ils n'avaient rien à souf&ir; et ceux dont le chagrin trouve à redire à tout ce qu'on voit ont fait valoir par fantaisie ce qu'on ne voyait plus. Les plus honnêtes gens n'ont pas manqué de discernement; et sachant que tous les siècles ontleurs défauts et leurs avantages , ils jugeaient sainement en leur âme du temps tie leurs pères et du leur propre : mais ils étaient obligés d'admirer avec le peuple, e^ de crier quelquefois à propos, quelquefois sans raison : Majores nostri, mqjoresnostri, comme ils entendaient crier aux autres. Dans une admiration si générale , les historiens ont pris aussitôt le même esprit de respect pour les anciens : et faisant un héros de chaque consul , ils n'ont laissé manquer aucune vertu à quiconque avait bien servi la république.

J'avoue qu'il y avait beaucoup de mérite à la servir ; mais c'est une chose différente de celle dont nous parlons, et on

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peut dire véritablement que les bons citoyens étaient chez les vieux Romains, et les bons capitaines chez les derniers.

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