‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 3 sur 116 · LI PREFACE · texte numérisé non relu

LI PREFACE

HoIJaude : au lieu de rétablir les omissions, on y a encore ajoulé de mauvaises pièces; et l'on a fait un si étrange alliage de bonnes et de méchantes choses , que M. de Saint-Évremond ne s*y reconnaissait plus.

On l'avait sollicité de France à revoir ses ouvrages : les amis qu'il avait à Londres le pressaient tous les jours d*en donner une édition qu'il pût avouer ; mais il s'en était toujours défendu. Depuis la dernière paix , les libraires de Paris lui firent faire des offres assez avantageuses pour tenter un homme moins désintéressé que lui : rien ne put l'ébranler. « J'ai un grand désavan- « tage, mandait-il à mademoiselle de TEncIos, en ces petits traités « qu'on imprime sous mon nom. Il y en a de bien faits, que je « n'avoue point, parce qu'ils ne m'appartiennent pas ; et parmi les « choses que j'ai faites , on a mêlé beaucoup de sottises , que je « ne prends pas la peine de désavouer. A l'âge où je suis une « heure de vie bien ménagée m'est plus considérable que Tinlé- « rét d'une médiocre réputation. Qu'on se défait de l'amour- « propre difficilement ! Je le quitte comme auteur, je le reprends « comme philosophe : sentant une volupté secrète à négliger ce « qui fait le soin des autres. »

Il me souvient que, parlant un jour avec lui sur ce sujet , et lui ayant dit que puisqu'il ne voulait pas prendre la peine de revoir ses ouvrages, il devait du moins donner cette satisfaction à beaucoup d'honnêtes gens , de marquer les pièces qu'il désavouait , il me répondit : « Il se mêle peut-être un peu de vanité dans ma conduite» Il y a telle pièce imprimée parmi mes œuvres que j'avouerais de tout mon cœur, et qui vaut mieux que ce que j'ai fait. »

Mais quoique M. de Saint-Évremond eût toujours refusé de publier ses écrits , il changea de sentiment quelque temps avant «a mort, et jeta les yeux sur M« Desmaizeaux pour le charger

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de ce soîD. U relui avec lui ses ouvrages : il marqua sur un exemplaire ce qui était de sa façon et ce qui n'en était pas ; il corrigea beaucoup de choses , et lui donna des éclaircissements .sur les endroits qui avaient besoin de commentaire; enfin il lui communiqua ses manuscrits , et revit avec lui les copies qu'il en faisait. Son grand âge et ses infirmités ne laissant pas espérer qu'il pût vivre longtemps, M. Desmaizeaux se hâtait dé 'tirer tous les secours et toutes les lumières nécessaires;* et il ne lui manquait plus que quelques pièces, lorsqu'il fut obligé d'aller à la campagne. Cependant M. de Saint-Évremond , se sentant plus faible qu'à l'ordinaire , témoigna plusieurs fois l'envie qu'il avait de le voir; il pria même M. le Fèvre de lui écrire de venir au plus tôt. Mais ayant cessé de vivre avant que M. Desmaizeaux pût être de retour, ses manuscrits, qu'il m'avait souvent promis de me laisser, me furent remis par son ordre après sa mort ; par là je me suis vu en quelque manière engagé à travailler de concert avec M. Desmaizeaux à l'édition de ses ouvrages. Voici la méthode que nous avons suivie.

Nous avons retranché tout ce que M. de Saint-Ëvremond dé* savouait : bon ou mauvais, tout a été également supprimé. Nous avons revu avec beaucoup de soin sur les manuscrits tout ce qui avait été imprimé. Comme j'avais plusieurs copies, on a choisi parmi diverses leçons celle qui paraissait la plus naturelle. Ou a rétabli par un manuscrit ce qui manquait dans l'autre : enfin pour la ponctuation , la chose du monde que M. de Saint* Évremond négligeait le plus , on a suivi celle qui donnait un plus beau sens et un meilleur tour; et par là on a rendu à diverses périodes la clarté et la netteté qui y manquaient. On a surtout pu> blié autant de lettres et de billets qu'on en a pu ramasser. Si on n'y trouve rien de fort important , on y verra du moins le tour d'esprit de M. de Saint-Évremond. Ce n'est pas par un ouvrage limé

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et fini qu*0D doit toujours juger d'un auteur : on est bien aise de le coDuaitre daus son naturel ; et rien n'est plus propre à nous le représenter tel qu'il est que ce qu'il écrit familièrement et sans préméditation. Au reste, ce n'est pas sans beaucoup de peine qu'on a ramassé tout cela. Il y a bien des pièces que M. de Saint -Êvremond n'avait pas lui-même, et qu'il a fallu chercher de côté et d'autre. M. le Fèvre , médecin à Londres , nous en a fourni' un bon nombre. D'ailleurs , comme il avait connu particulièrement M. de Saint* Ëvremond» et que depuis quarante ans il le voyait avec beaucoup de familiarité » il nous a donné des éclaircissements sur beaucoup de faits, et nous a appris plusieurs particularités que nous ignorions.

A cette préface, écrite par M. Silvestro, qui, avec Desmaizeaux , fut chargé par Saint-Ëvremond lui-même de publier la première édition complète de ses œuvres, nous n'ajouterons que quelques mots.

Les raisons qui avaient engagé ces estimal)les amis de Sainl- Évremond à rassembler et à publier sans exception tout ce qu'avait laissé échapper sa plume élégante et facile , ont aujourd'hui perdu toute leur importance. En offrant à notre époque, sollicitée par de graves préoccupations , les chefs-d'œuvre qu'a consacrés l'admiration des deux derniers siècles , nous ne pouvions faire entrer dans cette collection les écrivains placés à un rang moins élevé dans l'estime publique qu'à une condition : c'est que nous supprimerions tout ce qui pourrait faire contester à leurs œuvres le droit de figurer parmi les monuments immortels de notre langue et de notre littérature. Pour ce motif.

PBEFACE. V

nous avons cru devoir faire un choix parmi les différents écrits de Saint-Évremond , qui n'ont pas tous, on le sait , la même valeur.

Nous les avons rangés dans Tordre suivant :

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