‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 42 sur 116 · DE SA1NT-£YR£M0MD · texte numérisé non relu

DE SA1NT-£YR£M0MD

ne sachant régler ni ses pensées ni ses affaires , il offensait le sénat, et se ûait à des sénateurs; il s'abandonna^ à des inûdèles, à des ingrats, qui, préférant la liberté à toutes les vertus , aimèrent mieux assassiner un ami et un bienfaiteur que d'avoir un maître. Louez*, messieurs, louez Fesprit vaste, il a coûté à César l'empire et la vie.

Bautru , qui était un assez bon juge du mérite des grands hommes, avait coutume de préférer Charles-Quint à tout ce qu'il y avait de plus grand dans l'Europe depuis les Romains. Je ne veux pas décider ; mais je pourrais croire que son esprit, son courage, son activité, sa vigueur, sa magnauimité, sa constance, Pont rendu plus estimable qu'aucun prince de son temps. Lorsqu'il prit le gouvernement de ses États, il trouva l'Espagne révoltée contre le cardinal Ximenès, qui en avait la régçnce. L'humeur austère et les manières dures de ce cardinal étaient insupportables aux Espagnols : Charles fut obligé de venir en Espagne, et les affaires étant passées des mains de Ximenès dans les siennes, tous len grands se remirent dans leur devoir, et toutes les villes rentrèrent bientôt dans Tobéissance. Charks-Quiot fut pliH habile ou plus heureux que François V daos leur toaamrtnef pour l'empire : François se trouvait plus rîdie et pliM fmntsant, Charles l'emporta par sa fortooe, oa pOT b mfnv^i*. de son génie. Le gain de la bataille de Pavîe tl b |r>^ ^. Rome laissèrent prisoiniierf catre tes ttau^ «m r^ 4#, France et un pape : tnoop^ ^ a pttm. V/m «sev» 4»^ h-'jmains. La grande ligBe de fmak-jAi U^ rutu^ yw ^ *^^^ duite et par sa valeur. Il rftang» tdUlK; îj} ^«^ Uc^ iCU^-i^^d'Allemagne; transléra Féleelniat de h^njt 4m^ xh^ku^'m < une autre , de Frédéric, vaioeo et d^pouilit . 4> ï$;ms^^ ■ \i'^ avait suivi le parti du victorieux* Lai^digiou tuétui: lui mm. mise à la victoire , et elle reçut de la volooté d«e y*:Ht^A*i%0 ^ fameux Intérim ^ dont on parlera toujours. ftldi&<>$' idb^i / < / ^

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tendant qu'un concile en eût dccUh'.

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embrassa trop de clioses pour eo régler auciioe : il ne fit pas réflexion qu*il pouvait plus par autrui que par lui-même, et dans le temps qu*il croyait avoir assujetti Rome et TEmpire, Maurice, tournant contre lui les armées qu'il semblait com*mander pour son service, faillit à le surprendre à Inspruck ,. Tobligea de se sauver en chemise, et de se retirer en toute diligence à Villach. Il est certain que Churies-Quint avait de grandes qualités , et qu'il a fait de très-grandes choses ; mais cet esprit vaste dont on le loue lui a fiiit faire beaucoup de fautes et lui a causé bien des malheurs. Cest à cet esprit q|ae sont dues de funestes entreprises en Afrique , e*est à lui que sont dus divers desseins aussi mal conçus que mai suivis ; à lui que sont dus ces voyages de nations en nations, ou il eutrait moins d'intérêt que de fantaisie. Cest cet esprit vaste qui l'a feit nommer chevalier errant par les Espagnols, et qui a donné le prétexte aux mal affectionnés de Testimer plus grand voyageur que grand conquérant. Admirez , messieurs, admirez la vertu de cet esprit vaste. 11 tourne les héros en chevaliers errants, et donnent aux vertus héroïques les aventures fabuleuses.

Je pourrais faire voir que cet esprit vaste fut cause de tontes les disgrâces du dernier duc de Bourgogne , aussi bien que de celles de Charles-Emmanuel, duc de Savoie; mais j'ai impatiente de venir au cardinal de Richelieu; pour démêler en sa personne les différents effets du grand et du vaste.

On peut dire du cardinal de Richelieu que c'était un fort grand génie , et comme grand il apporta des avantages extraordinaires à notre Ëtat; mais comme vaste (ce qu'il était quelquefois) il nous a mené bien près de notre ruine. Entrant dans le ministère, il trouva que la France était gouvernée parfesprit de Rome et par celui de Madrid. Nos ministres recevaient toutes les impressions que M. de Marqueniont * leur donnait : le pape inspirait toutes choses à cet ambassadeur, les Espagnols toutes choses au pape. Le

< Denis Simon de Marqnemont, archevêque de Lyon-, alcrs ambassadeur de France à Rome , ensuite élevé au cardinalat

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roi, jaloux de la grandear de soo État autant qu'un roi le peut être , avait intention d'en suivre les intérêts : les artifices de ceux qui gouvernaient lui faisaient suivre ceux des étrangeis ; et si le cardinal de Richelieu ne se fût rendu maître des conseils , le prince , naturellement ennemi de l'Espagne et de l'Italie , eût été boa Espagnol et bon Italien , malgré toute son aversion. Je veux rapporter une chose peu connue, mais très-véritable. M. de Marquemont écrivit une grande lettre au cardinal de Richelieu sur les affaires de ia Yalteline , et pour se rendre nécessaire auprès du nouveau ministre il l'instruisit avec soin des mesures délicates qu'il fallait tenir lorsqu'on avait affaire aux Italiens et aux Espagnols.. Pour réponse , le cardinal de Richelieu lui écrivit quatre lignes, dont voici le sens :

« Le roi a changé de conseil , et le conseil de maxime. On • enverra une armée dans la Yalteline, qui rendra le pape « plus facile, et nous fera avoir raison des Espagnols. »

M. de Marquemont fut fort surpris de la sécheresse de cette lettre , et plus encore du nouvel esprit qui allait régner dans le ministère. Comme il était habile homme , il ehangea le plan de sa conduite , et demanda pardon au ministre d'avoir été assez présomptueux pour vouloir donner des lumières y lorsqu'il en devait recevoir, avouant l'erreur où il avait été , d'avoir cru qu'on pouvait réduire les Espagnols à un traité raisonnable par la seule négociation. M. de Senecterre a dit souvent que cette petite lettre du cardinal de Richelieu à M. de Marquemont a été la première chose qui a fait comprendre le dessein qu'avait le cardinal d'abaisser la puissance d'Espagne et de rendre à notre nation la supériorité qu'elle avait perdue. Mais pour entreprendre au dehors il fallait être assuré du dedans; et le parti "huguenot était si considérable en France , qu'il semblait £aiire un autre État dans TÉtat. Cela n'empêcha pas Richelieu de le réduire. Comme on avait fait la guerre assez malheureusement durant le ministère du connétable de Luynes , il fallut faire un plan tout nouveau , et ce plan pro-

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duisit des effets aussi heureux que Taiitre avait eu des succès peu favorables. On ne doutait point que la Rochelle ne fût rame du parti : c'est là que se faisaient les délil)érations , que les desseins se formaient , que les intérêts de cent et cent villes venaient à s'unir, et c'était de là qu'un corps composé de tant de parties séparées , recevait la chaleur et le mouvement. 11 n'y avait donc qu'à prendre la Rochelle : la Rochelle tombant faisait tomber tout. Mais lorsqu'on venait à considérer la force de cette place, lorsque Ton songeait au monde qui la défendrait et au zèle de tous ces peuples , quand on considérait la facilité qu'il y avait à la secourir , qu'on voyait la mer toute libre , et par là les portes ouvertes aux étrangers, alors on croyait imprenable ce qui n'avait jamais été pris : il n'y avait qu'un cardinal de Richelieu qui n'eût pas désespéré de le pouvoir prendre. Il espéra , et ses espérances lui flrent former le dessein de ce grand siège. Dans la délibération , toutes les difQcultés furent levées , dans l'exécution toutes vaincues. On se souviendra éternellement de cette digue fameuse , de ce grand ouvrage de l'art qui ût violence à la nature, qui donna de nouvelles bornes à l'Océan. On se souviendra toujours de l'opiniâtreté des assiégés , et de la consttince des assiégeants. Que servirait un plus long discours? Ou prit la Rochelle , et à peine se fut-elle rendue , que Ton lit une grande entreprise au dehors.

Le duché de Mantoue étant échu par succession au duc de Nevers, la France s'y voulut établir, et l'Espagne assembla une armée pour l'en empêcher. L'empereur, sous prétexte de ses droits , mais en effet pour servir l'Espagne, Gt passer des troupes en Italie , et le duc de Savoie , qui était entré dans les intérêts de la maison d'Autriche, nous devait arrêter au passagcdes montagnes pour donner loisir aux Espagnols et aux Allemands d'exécuter leurs desseins. Tant d'oppositions furent inutiles : le pas de Suse fut forcé , l'armée de l'empereur se perdit; Spinola mourut de regret de n'avoir pas pris Casai , et le duc de INevers , reconnu duc de Mantoue , demeura paisible possesseur de son État. Taudis que l'arméa

de Tempereur se ruinait en Italie, on fit entrer le roi de Suède en Allemagne, où il gagna des bataille^, prit des villes, étendit ses conquêtes depuis la mer Baltique jusques au Rhin. U devenait tout-puissant pour nous , lorsqu'il fut tué : sa mort laissa les Suédois trop faibles pour nos intérêts. Ce fut là le chef-d'œuvre du ministère du cardinal de Richelieu. Il retint des troupes qui voulaient repasser en Suède; il fortifia les bonnes intentions d'une jeune reine mal établie , et s'assura si bien du général Banier, que la guerre se fit sous le riouveau règne avec la même vigueur qu'elle s'était faite sous ce grand roi. Quand le duc de Weymar et le maréchal de Horn eurent perdu la bataille de Nordiingue , le cardinal de Richelieu redoubla les secours, fit passer de grandes armées en Allemagne, arrêta le progrès des Impériaux, et donna moyen aux Suédois de rétablir leurs affaires dans l'Empire.

Voilà ce qu'a fait le cardinal de Richelieu comme g?and ^ , comme magnauhue, comme sage , comme fermer voyons ce qu'il a fait par son esprit vaste.

La prison, de l'électeur, de Trêves nous fournit le sujet ou le prétexte de déclarer la guerre aux Espagnols , et ce dessein était digne de la grande âme du cardinal de Richelieu ; mais cet esprit vaste qu'on lui a donné se perdit dans l'étendue de ses projets. Il prit de si fausses mesures pour 1» dehors, e^ donna un si méchant ordre au dedans, que nos affaires vraisemblablement en devaient être ruinées. Le cardinal se mit en tête 1« dessein le plus chimérique que l'on ait jamais vu ; c'était d'attaquer la Flandre par derrière, et lui ôtér toute ^la communication qu'elle pouvait avoir avjec l'Allemagne par le moyen de la Meuse. 11 s'imagina qu'il prendrait Bruxelles, et ferait tomber les Pays-Bas en même temps. Pour cet effet il envoya une armée de trente-cinq mille hommes joindre celle du prince d'Orange dans le Brabant. Mais, au lieu cTenfermer la Flandre entre la Meuse et la Somme , il enferma notre armée entre les places de la Flandre et celles de la Meuse , en sorte qu'il ne venait ni vivres ni munitions dans noire camp , et sans exagération la misère y fut si grande ,

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qu'après avoir levé le siège de Louvain , soutenu par de simples écoliers, les officiers et les soldats revinrent en France ^ non pas en corps, comme des troupes , mais séparés , et demandant par aumône leur subsistance , comme des pèlerins. Voilà ce que produisit Yesprit vaste du cardinal, par le projet chimérique des deux armées de la jonction. La seconde campagne , ce même esprit dissipé en ses idées prit moins âe mesures encore. Les ennemis forcèrent M. le comte de Soissons , qui défendait le passage de Bray avec un corps peu considérable. La Somme passée, ils se rendirent maîtres de la campagne, prirent nos villes, qulls trouvèrent dépourvues de toutes choses^ portèrent la désolation jusqu'à Compiègne, et la frayeur jusque dans Paris. Belle louange pouf le cardinal de Richelieu â*avoir été vaste dans ses projets! Cette même qualité, que messieurs de TAcadémie font tant valoir, ne lui fit pas faire moins de fautes à la campagne d*Aire. 11 entreprit un grand siège en Flandre , au m^e temps ^oe M. le comte entrait en Champagne avec une armée. A peine eûmes-nous pris Aire^ que le maréchal de la Meilleraye fut poussé et la ville assiégée par les ennemis. Que si M. le comte n>ût pas été tué après avoir gagné la bataille de Sedan *, on pouvait s^attendre au phis grand désordre du monde , dans la disposition où étaient lesesprits.Si messieurs de FAcadémie avaient connu particulièrement M. de Turenne, ils auraient pu voir que Yesprit vaste àa cardinal de Richelieu n'avait aucune recommandation mprès de lui. Ce grand général admirait cent qualités de ce grand ministre, mais il ne pouvait-^souffrif le vaste dont il est loué. Cest ce qui lui a feit dire que le cardinal Mazarin était plus sage que le cardinal de Richelieu; que les desseins du cardinal Mazarin étaient justes et réguliers, ceux du cardinal de Richelieu plus grands et moins concertés, pour venir d'une imagination qui avait trop d'étendue.

* Louis de Bourbon, comte de Soissons, fut tué à la bataille de la Marfée près d€ Sedan , en 1641.

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