X NOTICE
par son esprit, son savoir, son amabilité elles grâces piquantes de sa conversation.
Les maréchaux de Turenne , d*Estrées , d'Albret , de Glérambault et de Créqui, les comtes de Grammont et d'OIonne , tout ce que les camps possédaient d'hommes distingués, s'étaient intimement liés avec lui, et n'avaient cessé de lui témoigner une considération que tous lui conservèrent dans les diverses drconstances de sa vie.
Un goût parfait, un jugement droit, une connaissance des hommes assez profonde pour lui faire découvrir les moyens les plus propres à se concilier leur faveur, une sociabilité, une facilité de vivre, une politesse , une élégance de manières vraiment remarquables lui attachèrent le prince de Condé, qui le chargea de présider à ses lectures, tt se délassa plus d'une fois entre deux batailles à l'entendre converser sur toutes choses, et principalement sur les ouvrages anciens ou modernes qu'il appréciait avec un goût exquis et une rare sagacité (4). Histoire, philosophie, art militaire, sciences, questions politiques et religieuses étaient tour à tour passés en revue; et ces études diveil^s, faites au milieu de l'agitation de la vie des camps, dans la société d'hommes éminents qui lui découvraient les secrets ressorts des affaires humaines, donnaient à son esprit une sûreté de jugement et un tact que ne peuvent acquérir les écrivains de profession, condamnés à parler de toutes ces choses du fond de leur cabinet, loiu des événements et des hommes. Aucun théâtre ne pouvait être plus favorable au développement de ce génie d'observation, de cette circonspection prudente, de ce bon sens mêlé de iïnesse, qui sont les qualités les plus remarquables du sol où Saint-Évremond avait reçu le jour. Heureux, s'il n'eût pas acquis à ses dépens, et payé beaucoup trop cher, la connaissance du cœur humain et l'expérience des choses de la vie !
La première leçon personnelle qu'il reçut lui vint de son illustre protecteur, du prince de Condé. Admis avec Miossens, connu depuis sous le nom de maréchal d'Albret , dans la familiarité du jeune général, qui se plaisait à encourager sa verve satirique, il avait plus d'une fois remarqué l'empressement de celui-ci à rechercher les moindres défauts de ses amis. Il s'avisa de demander un jour à Miossens s'il ne croyait pas que sou altesse , qui aimait
si fort à découvrir les ridicules des antres^ n'avait pas elle-même son ridicule. Après un examen fait avec la conscience que nous apportons lorsqu'il s'agit de juger les défauts do nos amis, œs messieurs convinrent que c«(le affectation de rechercher les travers des autres était un travers d'une espèce' toute particulière , dont il était permis de rire un peu : ce qu'ils firent en toute liberté. M. de Condé le sut ; et dès ce moment cet esprit qu'il avait trouvé si charmant dans Saint-Évremond , lorsqu'il s'étudiait à le divertir aux dépens du prochain» lui parut d'un très-mauvais goût lorsqu'il s'appliquait à lui-même. Il donna aussitôt aux deux amis des marques de son impétueuse colère. Miossens fut disgracié , et Saint-Évremond perdit à la fois la faveur du prince et le commandement de ses gardes.
La guerre de la Fronde éclata. Saint-Évremond demeura fidèle à la cause royale, trop circonspect pour prendre part à cette lutte des ambitieux et des intrigants, dont il a saisi et fait ressortir le caractère et l'esprit avec une sagacité merveilleuse. Du reste, pendant ces longues années de troubles et de folles entreprises, il fut du petit nombre de ceux qui surent assez habilement gouverner leur fortune. En 1652 il reçut le brevet de maréchal de camp des armées du roi, avec une pension de mille écus ; de plus il utilisa divers commandements qu'il eut dans la Guiennc. Mettant adroitement à profit son crédit auprès du duc de Candale, qui commandait mie petite armée dans cette province , et s'aidant de la faveur toute-puissante du surintendant Fouquet, il avait pu ajouter plus de cinquante mille francs à la modique fortune qu'il possédait au moment où il quittait la Normandie pour aller faire ses premières armes.
Mais tout en remplissant avec tant de distinction ses devoirs dc^ soldat, tout en guerroyant aux Pyrénées, en Alsace et en Flandre, tout en ménageant les intérêts de sa fortune, Saint-Évremoud n'avait cessé de se livrer à son goût pour la méditation et Tctude : plusieurs écrits étincelants de verve, de goût et de finesse, lui avaient déjà assigné une place distinguée parmi les beaux esprits du temps.
C'était quelque temps avant la campagne de Rocroi, en 1613 , qu'avait paru sa comédie des Acadèmistes (5). Cet ouvrage, ainsi que ccuK qui déj^ étaient sortis de sa plume , circulant dans les