SUR LES PREMIÈRES ANNÉES DE LA RÉGENCE
A Mademoiselle de r Enclos,
STANCES IBRÉGULIÈBES.
J'ai VU le temps de la bonne Régence , Temps où régnait une heureuse abondance ; Temps où la ville aussi bien que la cour Ne respiraient que les jeux et l'amour.
Une politique indulgente De notre nature innocente Favorisait tous les désirs ; Tout goût paraissait légitime, La douce erreur ne s'appelait point crime, Les vices délicats se nommaient des plaisirs.
Meubles, habits, repas, danses, musiques ;
Un air facile avec la propreté ;
Rien de contraint, pas trop de liberté ;
Peu de gens vains, presque tous magnifiques ;
N'avoir chez soi que la commodité ;
Faisait alors les chagrins domestiques
Qu'aux autres temps fait la nécessité.
Dans le commerce on était sociable , Dans l'entretien, naturel, agréable-.
On haïssait un chagrin médisant , On méprisait un fade complaisant ; La vérité délicate et sincère Avait trouvé le secret de nous plaire.
L'art de flatter en parlant librement, L'art de railler toujours obligeamment, En ce temps seul étaient choses connues, Auparavant nullement entendues ; Et Ton pourrait aujourd'hui sûrement Les mettre au rang des sciences perdues.
Le sérieux n'avait point les défauts Des gravités qui font les importantes , Et le plaisant rien d'outré ni de faux : Femmes savaient, sans faire les savantes, Molière en vain eût cherché dans la cour
Ses ridicules affectées ; Et ses fâcheux n'auraient pas vu le jour, Manque d'objets à fournir les idées.
Aucun amant qui ne servît son roi , Guerrier aucun qui ne servit sa dame : On ménageait l'honneur de son emploi , On ménageait la douceur de sa flamme; Tantôt les cœurs s'attachaient aux appas, Libres tantôt ils cherchaient les combats. Un jeune duc ' , qui tenait la victoire Comme une esclave attachée à sou char, Par sa valeur, par l'éclat de sa gloire Fit oublier Alexandre et César.
Que ne mourait alot:s son Éminence ', Pour son bonheur et pour notre repos ! Elle eût fini ses beaux jours à propos. Laissant Un nom toujours cher à la France i
Le duc d'Enghien.
3 Le cardinal Mazarin.
DB SA.IIfT-EYBEHOND. 373