LETTRE A MADAME LA COMTESSE D'OLONNE, EN LUI ENVOYANT SON CARACTÈRE
Je VOUS envoie votre caractère , qui vous explique le sentiment général et vous apprend qu'il n'y a rien en France (le beau que vous. Ne soyez pas assez rigoureuse à vousmême pour vous dénier une justice que tout le monde vous rend. La plupart des dames se laissent persuader aisément, et reçoivent avec plaisir de douces erreurs : il serait bien étrange que vous ne voulussiez pas croire une vérité agréable.
Outre l'opinion publique, le jugement de madame de Longueville est pour vous. Rendez-vous*y sans scrupule, et vous croyez hardiment, puisqu'elle le croit, la plus belle chose qu'on ait vue.
De votre beauté, madame, je passe aux maux qu'elle cause, je passe aux malades, aux mourants qu'on voit pour vous. Ce n'est pas à dessein de vous rendre pitoyable ; au contraire , si vous suivez mon conseil , il en coûtera la vie h quelque malheureux. Il y a trop longtemps que lès poètes et les faiseurs de romans nous entretiennent de fausses morts. Je vous en demande une véritable; et ce vous sera un fort beau titre qu'un trépas dont on ne puisse douter. De cinq ou six malades que je connais , choisissez celui que vous voudrez honorer de vos dernières rigueurs ; vous n'aurez pas
DE SAINT-EVREMOND. 40a
beaucoup à faire pour le conduire de la maladie à la mort. Faites-le mourir promptement pour votre satisfaction et celle de
Votre, etc.