LETTRE A MONSIEUR
Vous m'écrivez que vous êtes amoureux d'une demoiselle protestante, et que sans la différence de religion vous pourriez vous résoudre à Fépouser. Si vous êtes d'humeur à ne pouvoir souffrir l'imagination d'être séparés en l'autre monde votre femme et vous , je vous conseille d'épouser une catl^plique ; mais si j'avais à me marier, j'épouserais volontiers une personne d'une autre religion que la mienne.
Je craindrais qu'une catholique, se croyant sûre de posséder son mari en l'autre vie , ne s'avisât de vouloir jouir d'un galant en celle-ci.
D'ailleurs, j'ai une opinion qui n'est pas commune, et que je crois pourtant véritable; c'est que la religion réformée est aussi avantageuse aux maris que la catholique est favorable aux amants.
Cette liberté chrétienne dont on voit la protestante se
' Gabrielle d'Estrées, maîtresse de Henri IV.
^Alphonse de Créqui. marquis de Cauaplcs, plus tard duc de Lcsdiguièrcs.
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vanter forme un certain esprit de résistance qui défend mieux les femmes des insinuations de ceux qui les aiment. La soumission qu*exige la catholicité les dispose en quelque façon à se laisser vaiDcre; et en effet une âme qui peut se soumettre à ce qu'on lui ordonne de fâcheux ne doit pas être fort difficile à se laisser persuader ce qui lui plaît.
La religion réformée ne cherche qu*à établir de la régularité dans la vie ; et de la régularité il se fait sans peine de la vertu. La catholique rend les femmes beaucoup plus dévotes , et la dévotion se convertit facilement en amour.
L*une va seulement à s'abstenir de ce qui est défendu; l'autre, qui admet le mérite des bonnes œuvres, se permet de faire un peu de mal qu'on lui défend , sur ce qu'elle fait beaucoup de bien qu'on ne lui commande pas.
Dans celle-là les temples sont la sûreté des maris, dans celle-ci leur plus grand danger est aux églises. En effet les objets de mortification en nos églises inspirent assez souvent de l'amour. Dans un tableau de Madeleine l'expression de sa pénitence sera pour les vieilles une image d'austérité do sa vie , les jeunes la prendront pour une langueur de sa passion ; tandis qu'une bonne mère veut imiter la sainte dans ses souffrances, la douce fille songe à la pécheresse, et médite amoureusement sur le sujet de son repentir.
Ces pénitentes qui pleurent dans le couvent les péchés qu^elles ont Mts dans le monde servent d'exemple pour la joie aussi bien que pour les larmes; peut-être même qu'elles donnent la confiance de pécher, pour laisser en vue la ressource de la pénitence. Une femme ne regarde point séparément quelque partie de leurs jours; elle s'attache à l'imitation de la vie entière , et se donnant à l'amour quand elle est jeune , elle se réserve à pleurer pour la consolation de sa vieillesse. Dans cet âge triste, et si sujet aux douleurs , c'est un plaisir de pleurer ses péchés , ou pour le moins une diversion des larmes que l'on donnerait à ses maux.
Je suis donc à couvert de tout, me direz-vous , avec une protestante? Je vous répondrai ce que dit le bon père Hippo-
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tadée à Panui^e' : Oui, s'il plait à Dieu, Le plus sage s'en remet à la Provideuce : il attend d'elle sa sâreté , et de lui-même le repos de son esprit.