‹ Œuvres choisies de SénecéChapitre 26 sur 59 · LES GANTS · texte numérisé non relu

LES GANTS

Al" LECTEUR.

Lecteur, si tu veux censurer.

Tu peux le faire sans scrupule :

Plus tu croiras ici trouver de ridicule. Plus de toucher au but j'oserai m'assurer.

Idylle satirique.

u palais de Paphos, du côté d'Orient, S'élève une superbe et longue galerie; L'abord en est aisé , l'aspect en est riafiofr, Et c'est le magasin de la Galanterie.

Cent pilastres massifs soutiennent les plafonds , Où l'on a pratiqué daus tous les intervalles Des boutiques de prix, dont les ventres profonds Contiennent les trésors des villes capitales. Là , chaque natiou fait aux regards surpris Contraster fièrement l'art avec la matière : Lahor contre Hispahan, Londres contre Paris, Se mettent sur les rangs chacun à leur manière.

Sur un large portail de grotesques orné, On lit ces mots gravés en lettres diaphanes : « L'argent donne l'accès à ce lieu fortuné; Saos ce grand passeport, retirez-vous, profanes. » Peu de gens sont troublés de redit menaçant ; Des besoins journaliers le peuple se retranche Pour suffire au débit du marché florissant,

Satires. 207

Où la beauté se pave et l'amour s'endimanche.

P'.ur porter grosse bourse à ce galant trafic ,

On s'appliqne à voler, quand on ne peut mieux toi

Le commis son traitant, ce traitant le public,

La femme son mari, fils et filles leur père.

La foule s'y concentre ainsi qu'aux grands pardons,

On comme en ces bureaux, quand, sous diverses classes.

Le pirate écossois *, ce doyen des fripons,

A beaux deniers comptants veridoit ses paperasses.

On entend retentir : « Monsieur, entrez céans !

C'est au roi du Japon ! C'est au dieu du commerce !

Tabatières, bijoux, dentelles, passements!

Madame , on vend ici des étoffes de Perse ! »

La marchande parée accroche les passants ,

De cent termes nouveaux séduisant les oreilles.

Tout frémit, l'une à l'autre arrache ses chalands

Incertains de leurs choix parmi tant de merveilles.

Sur un trône d'argent, consultant son miroir, Y siège une beauté d'un air très-équivoque : L'œil gauche est bleu mourant, le droit, brillant et noir. Quelquefois elle plaît et souvent elle choque. D'un côté ses cheveux, en boucles contournés, Lui tombent sur la gorge où les vents les maîtrisent ; De l'autre , ils sont si courts et si bien bichonnés , Qu'à lui baiser l'oreille avec peine ils suffisent. La moitié de sa face a cet éclat naïf Que donne la nature , et l'autre cette couche D'un gros rouge d'Espagne aussi choquant que vif; L'un, comme Dieu l'a fait, l'autre obscurci de mouche. Les grâces à genoux lui donnent leur conseil , Le caprice les croise, et, souvent rebutées,

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