ACTE I
je souhaiterais pouvoir vous retenir ici un mois ou deux avant de vous voir risquer votre destinée pour moi. Je pourrais vous enseigner à bien choisir ; mais alors je serais parjure, ce que je ne serai jamais. De cette manière, vous pouvez ne point m’obtenir ; mais alors vous me ferez éprouver un regret coupable, celui de ne pas m'être parjurée. Hélas ! vos yeux m'ont regardée et n’ont divisée en deux parts ; l’une est à vous, l’autre à vous, — c’est à moi que je voulais dire ; mais si elle est à moi, elle vous appartient; ainsi tout est à vous : Ô destinée injuste, qui met une barrière entre le propriétaire et sa propriété, si bien qu’étant vôtre, je ne serai peut-être point à vous. — N'importe, que la fortune en porte la peine, etnon moi. Je parle trop ; mais c’est pour passer le temps, pour l’allonger et retarder votre choix.
BASSANIO
Laissez-moi choisir ; car en mon état actuel, je suis à la torture.
PORTIA
À la torture, Bassanio ? Avouez donc quelle trahison est mêlée à votre amour.
BASSANIO
Aucune ; sice n ’est cette coupable méfiance qui me fæt redouter de perdre ce que j'aime. Il y aura plutôt affection et sympathie entre la neige et le feu, qu'entre la trahison et mon amour.
PORTIA
Oui; mais je crains que vos paroles ne soient forcées, cornme celles qu’arrache la douleur.
BASSANIO
Promettez-moi la vie, et je confesserai la vérité.
PORTIA
Eh bien ! confessez et vivez.
BASSANIO
Confessez et aimez, auriez-vous dû me dire, car dé c’eût été là toute ma confession. O torture fortunée, quand mon bourreau lui-même me suggère les ré- # ponses qui doivent amener ma délivrance ! Mais laissez-moi tenter ma fortune et faire un choix parmi ces coffres. !
PORTIA
À l’œuvre donc : je suis renfermée dans l’ün d'eux ; si vous m'avez, vous me trouverez. — (Aux Dbersonnes de sa suite.) Nérissa, et vous tous, tenez-vous à quelque distance. — Que la musique se fasse entendre pendant qu’il fera son choix ; s’il perd, il finira comme le cygne, au son de l’harmonie ; pour que rien ne manque à la ressemblance, mes yeux seront l'onde limpide qui formera son lit de mort.S’il gagne, que sera la musique alors ? Eh bien ! la musiqwe sera * la fanfare qui résonne au moment où les sujets loyaux s’inclinent devant un monarque-nouvellement \ couronné ; ce sera cette suave mélodie qui, au lever