ACTE II. 8s
able, mais la totalité de ce que je vaux est médiocre,
* Cest, en somme, une jeune fille ignorante, naïve,
inexpérimentée ; heureuse d’être assez jeune encore
pour être à même d’apprendre, plus heureuse de 4
n'être pas tellement dépourvue d'intelligence qu’elle :
ne puisse s’instruire ; plus heureuse encore en ceci,
que son esprit docile se soumet humblement à votre
direction, reconnaissant en vous son seigneur, son
souverain, son roi. Moi-mème, et ce qui n’appartient,
tout est maintenant à vous ; tout à l’heure encore
cette belle demeure était à moi, j'étais la maïitressé
, de mes serviteurs, je régnais sur moi-même, main-
tenant, la maison, les serviteurs, et moi-même,
nous vous appartenons,mon seigneur; je vous donne
-æ#)Out avec cet anneau ; si jamais il vous arrivait de
* « vous en séparer, de le perdre ou de le donner, cela
me présagerait la ruine de votre amour, et me donnerait le droit de me plaindre de vous.
BASSANIO
Madame, vous m'avez fait perdre la parole ; mon L sang seul vous parle dans mes veines, et j’éprouve 1 dans mes idées un désordre pareil à un murmure confus de la foule charmée après l’allocution bienveillante d’un prince adoré, alors que tous les sentiments se confondant en un seul, il n’y a plus au fond de toutes les âmes qu’une indicible joie, exprimée ou muette ; mais, croyez-moi, avant que cette bague quitte ;non doigt, la vie m'aura quitté ; alors vous
pourrez dire : Bassanio est mort.
NÉRISSA
Mon seigneur, et madame, témoins de votre bon- SHAKESPEARE. T. Il. 6
heur qu’appelaient nos vœux, notre tour est venu de à vous féliciter ; soyez heureux, mon seigneur et madame.
GRATIANO
Seigneur Bassanio, et vous, dame charmante, je vous souhaite tout le bonheur que vous pouvez désirer ; car je sais que vous ne pouvez rien désirer au préjudice du mien. Le jour où vous vous proposez d'engager solennellement votre foi, permettez que ce jour-là je me marie également.
De tout mon cœur, si vous pouvez trouver une femme.
GRATIANO
Je remercie votre seigneurie ; vous m’en avez procuré une ; mes yeux, seigneur, sont aussi bons que les vôtres ; vous avez vu la maitresse, moi la suivante ; vous avez aimé, moi de même ; votre cour’ et la mienne ont duré le même temps. Votre sort était attaché à ces coffres; il en était de même du mien, ainsi que l'événement le prouve ; en effet, après avoir sué sang et eau pour parvenir à plaire, après m'être desséché le gosier à force de serments d'amour, à la fin, — si les promesses sont quelque chose, j'en ai obtenu une de cette belle. Elle m'a promis,son cœuf, si votre bonne fortune vous fqisait * obtenir la main de sa maitresse.
PORTIA.… Est-ce vrai, Nérissa ?