ACTE II
BASSANIO
C’est mon ami le plus cher, l’homme le meilleur, «le plus bienfaisant, le plus infatigable dans son obligeance, l'homme en qui se reflète l'antique honneur romain plus que dans une âme qui vive en Italie.
PORTIA
Quelle somme doit-il au Juif ?
BASSANIO
Il doit pour moi trois mille ducats.
PORTIA
Quoi, pas davantage ? payez-lui en six mille, et que le billet soit anéanti ; doublez ces six mille, triplez, s’il le faut, cette dernière somme, plutôt qu’un pareil ami perde un cheveu de sa tête par la faute de Bassanio. D'abord, venez avec moi à l’église, et m’acceptez pour femme ; puis courez sur-le-champ à Venise trouver votre ami ; car Portia ne soufirira pas que vous preniez place à ses côtés avec une âme inquiète ; vous aurez tout l’or qu’il faudra pour acquitter vingt fois cette dette chétive ; cela fait, amenez-nous ici votre ami. Pendant ce temps, Nérissa et moi, nous vivrons en filles et en veuves. Allons, venez ; car il vous faut partir le jour même de vos noëis ; faites accueil à vos amis, montrez un visage riant ; comme vous avez coûté si cher, je veux vous aimer chèrement. Mais voyons ce que vous mande votre ami.
BASSANIO, lsanf.
« Cher Bassanio, tous mes vaisseaux ont péri ; » mes créanciers dénieanent intraitables ; l’état demes : » affaires est au plus bas ; le billet que j'ai fait au » Juif n’a pu être payé à Phone ; €t comme je. » ne puis me libérer sans cesser de vivre, toutes det- » tes entre vous et moi sont éteintes, pourvu que je » vous voie avant de mourir ; quoi qu’il en soit, sui- » vez à cet égard votre propre inspiration : si votre » amitié ne vous dit pas de venir, que ce ne soit » pas ma lettre qui vous y engage. »
PORTIA
O mon ami, terminez tout promptement et partez.
Puisque vous me donnez la permission de partir, | je vais me hâter ; mais jusqu'à ce que je revienne, aucun repos ne s’interposera entre vous et moi.
Ils sortent.
à: SCÈNE III. | | Venise. Une rue. |
Arrivent SHYLOCK, SALANIO, ANTONIO # UN GEÔLIER.
Geôlier, ayez les yeux sur lui ; ne me parlez pas d diaence= ; — Voilà l’imbécile qui prêtait ded'argent gratis ; geôlier, veillez sur lui.
ANTONIO
Veuillez m’entendre, mon bon Shylock.