BALTHAZAR
. Madame, je ferai toute la diligence possible. I sort.
PORTIA
Approche, Nérissa ; j'ai des projets que tu ne connais pas encore ; nous verrons nos maris plutôt qu'ils ne s’y attendent.
NÉRISSA, Nous verront-ils ?
PORTIA
Sans doute, Nérissa, mais sous un costume tel qu’ils nous croiront pourvus de ce qui nous manque. Quand nous serons habillées en jeunes cavaliers, pations tout ce que tu voudras que ce sera moi qui porterai ma dague de meïlleure grâce ; tu verras comme je prendrai la voix futée d’un jouvenceau atrivé à cet âge qui sépare l’homme de l'adolescent ; comme je transformerai mon pas modeste en une démarche mâle et fière ; je parlerai de mes querelles en jeune et beau rodomont ; je dirai spirituellement force mensonges, combien de grandes dames ont recherché mon amour, et combien, sur mon refus, sont tombées malades et sont mortes ; car comment aurais-je pu suffire à toutes ? — et puis je laisserai entrevoir quelque repentir, et regretterai, au bout du compte, de les avoir laissées mourir : je conterai si
PA LH nl A ent te li ere
bien toutes ces sornettes, que les hommes, m’en- \ tendant, jureront que j'ai quitté le collège depuis | plus d’un an : — j'ai en tête des milliers de rodo- | montades de ce genre, que je me propose de mettre en pratique.
NÉRISSA
Quoi ! nous allons fréquenter la compagnie des hommes ?
PORTIA
Fi donc ! quelle question ! heureusement qu’il n’y a ici personne pour l’interpréter dans un sens égril- | lard. Mais viens ; jete dirai tout mon projet quand ! LS nous serons dans ma voiture, qui m'attend à la porte “+ 1e du parc ; dépêchons-nous, il faut que nous fassions Ÿ vingt milles aujourd’hui.
1 Elles sortent.