ACTE IV
ture qui est sur mon billet, tu ne feras que te fatiguer ‘inutilement les poumons. Répare ton esprit, innocent
jeune homme, si tu ne veux pas le voir tomber dans
un incurable désarroi. — J'ai ici la loi pour moi,
LE DOGE
un jeune et savant docteur. — Où est-il ?
Bellario, dans cette lettre, recommande à la cour ‘22 | NÉRISSA . |
| Il attend ici près que votre réponse lui fasse connaître si vous voulez le recevoir.
LE DOGE
De tout mon cœur. — Que trois ou quatre d’entre vous aillent au-devant de lui, et l’introduisent avec | toutes les formes de la courtoisie. — En attendant, la cour entendra lecture de la lettre de Bellario.
LE GREFFIER, ÆSsanf.
« Votre grâce saura que votre lettre m’a trouvé
» malade et souffrant ; mais au moment où votre
» messager est venu, je recevais la visite affectueuse
» d’un jeune docteur de Rome, nommé Balthasar. Je
» lui ai fait part de la question pendante entre le Juif
» et le négociant Antonio. Nous avons feuilleté en-
» semble un grand nombre de livres : il est muni de
$ » myn avis, corroboré de son propre savoir, dont je » ne saurais assez louer l'étendue, et vient sur ma
» demande me remplacer auprès de votre altesse. Je vous demande en grâce que les années qui lui
manquent ne mettent pas d'obstacles à l'estime que » commande son mérite ; car je n’ai jamais vu tête » si vieille sur un corps si jeune. Je le laisse à votre » gracieux accueil, assuré que ses faits le recomman- » deront mieux que mes paroles. »
LE DOGE
Vous venez d’entendre ce que m’écrit le savant | Bellario ; si je ne me trompe, voici le docteur qui vient.
Æntre PORTIA, dans le costume de docteur en droit. :
” LE DOGE, conHnuant.
Donnez-moi votre main ! Vous venez de la part du vieux Bellario ?
PORTIA
Oui, seigneur.
EE DOGE
Soyez le bien venu! Prenez place. Etes-vous in- /, struit de la question qui occupe en ce moment la cour ?
PORTIA
Je connais la cause de point en point. Lequel ici
est le marchand, et lequel est le Juif ?
L ps è * LE DOGE.
Antonio, et vous, vieux Shylock, äpprochez-vous tous deux.