ACTE IV. Se
BASSANIO
Antonio, j'ai uni mon sort à celui d’une femme qui m'est aussi chère que la vie elle-même ; mais ni ma vie, ni ma femme, ni le monde entier ne sont à mes yeux d’un prix qui égale votre vie ; je consens à perdre tout cela, à sacrifier tout cela à ce démon pour vous sauver.
PORTIA
Votre femme, si elle vous entendait, vous aurait peu d'obligations de cette offre.
GRATIANO
J'ai une femme que j’aime, je vous le jure; je voudrais qu’elle fût au ciel, afin que par son intercession quelque puissance vint changer le cœur de ce Juif inhumain.
NÉRISSA
Il est heureux que cette offre ait lieu en son absence ; autrement ce souhait-là vous ferait faire mauvais ménage.
SHYLOCK, à part.
Voilà bien nos époux chrétiens : j’ai une fille; plût à Dieu qu’un descendant de Barabbas l’eût épousée plutôt qu’un chrétien. — (Haut) Nous perdons le temps ; veuillez, je vous prie, prononcer la sentence.
Vous avez droit à une livre de la chair de ce
marchand ; la cour vous l’adjuge, et la loi vous.la donne.
SHYLOCK
O juge équitable !
PORTIA
Et vous devez couper cette chair sur la poitrine la loi le permet et la cour l’ordonne.
SHYLOCK
O le savant juge ! — Voilà une sentence ! allons ; préparez-vous.
PORTIA
Attendez ; — ce n’est pas tout encore. — Le billet ne vous alloue pas la moindre goutte de sang ; les termes textuels sont wne livre de chair : prenez donc ce qui vous revient, prenez votre livre de chair ; mais en la coupant, si vous répandez une seule goutte de sang chrétien, en vertu des lois de Venise, vos terres et vos biens sont confisqués au profit de l’état.
GRATIANO
O le juge équitable ! qu’en dis-tu, Juif ? — O le savant juge !
Est-ce là ce que dit la loi?
PORTIA
On la produira à vos yeux : puisque vous demandez justice, soyez sûr que justice vous sera rendue, plus même que vous ne le voudriez.