‹ Œuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2Chapitre 74 sur 99 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

GRATIANO

O le savant juge ! — Qu'en dis-tu, Juif? — O le savant juge !

SHYLOCK

En ce cas j'accepte l'offre qui m’a été faite ; —

qu’on me paie le triple de la somme, et que le chrétien soit mis en liberté.

BASSANIO

Voici l'argent.

PORTIA

Doucement ; le Juif aura justice complète ; — doucement ! — ne précipitons rien ; — il n’aura que ce qui lui revient.

GRATIANO

Eh bien, Juif ! voilà, j'espère, un juge équitable, un savant juge !

PORTIA

Préparez-vous donc à couper la chair ; ne répandez point de sang ; coupez tout juste une livre de chair, ni plus, ni moins : si vous en coupez plus ou moins dune livre, quand la différence ne serait que de la vingtième partie d’un atome, quand l’un des plateaux de la balance nel’emporterait sur l’autre que du poids d'un cheveu, — vous êtes mort, et tous vos biens sont confisqués.

GRATIANO

Un second Daniel! un Daniel, Juif ! Maintenant, infidèle, je te tiens !

PORTIA

Juif, qu’attendez-vous? prenez ce qui vous revient.

SHYLOCK

Donnez-moi mon principal, et je m’en vais.

BASSANIO

Je lai ici tout prêt ; le voici.

PORTIA

Il l’a refusé en pleine cour ; il n’aura que ce qui lui

revient en stricte justice.

GRATIANO

Un Daniel, je le répète ; un second Daniel ! — Juif, je te remercie de m'avoir soufflé ce mot. SHYLOCK.

Quoi ! je n’aurai pas même mon principal ?

PORTIA

Juif, vous n’aurez que votre dû ; prenez-le à vos risques et périls.

SHYLOCK

En ce cas, que le diable fasse le remboursement ! je ne resterai pas plus longtemps à ergoter ici.

PORTIA

Arrêtez, Juif ; la loi n’en a pas fini avec vous. — Il est dit formellement dans les lois de Venise, que

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