‹ Œuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2Chapitre 85 sur 99 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Portia ; j'en prends à témoin les sacrés flambeaux de la nuit, si vous aviez été là, vous m'auriez vousmême demandé ma bague pour la donner à ce digne docteur.

PORTIA

Que votre docteur n’approche jamais de mon chiteau ; puisqu'il a obtenu le joyau qui m’était cher, et que vous aviez juré de conserver pour l’amour de moi, je ne serai pas moins libérale que vous ; je ne Jui refuserai rien ; il aura tout, jusqu’à mes faveurs : soyez bien persuadé que je le connaïitrai : ne vous absentez pas une seule nuit, veillez sur moi avec des

yeux d’Ârgus ; si vous y manquez, si vous me lais-

sez seule, je vous jure, sur mon honneur qui m’appartient ‘encore, que je partirai avec le docteur.

NÉRISSA, à Graliano.

Et moi avec son clerc ; ainsi gare à vous, si vous me laissez à ma propre surveillance.

GRATIANO

Fort bien ; mais que je ne l’y prenne pas, ou j'endommagerai la plume de votre jeune clerc.

ANTONIO

Je suis la malheureuse cause de ces querelles.

PORTIA

Ne vous affigez pas, seigneur ; vous n’en êtes pas moins le bien venu.

BASSANIO

Portia, pardonnez-moi cette faute involontaire, et en présence de tous nos amis, je jure par ces beaux yeux, dans lesquels je me vois, —

PORTIA

Homme double, qui vous voyez dans chacun de mes yeux : — jurez par votre duplicité, et je vous croirai.

BASSANIO

\ De grâce, veuillez m'entendre : Pardonnez-moi cette faute, et je vous jure snr mon âme qu’à l’avenir je tiendrai avec vous mes.serments.

ANTONIO, à Porta. ..

J'ai déjà engagé pour lui ma vie,qui, sans l’homme auquel jl a remis votre bague, me serait maintenant | ravie ; aujourd’hui je réponds, et j'y engage le salut de mon âme, que votre époux ne violera jamais sciemment la foi jurée.

PORTIA

Eh bien, vous serez sa caution ; donnez-lui cet anneau, et recommandez-lui de le mieux garder que l’autre.

ANTONIO, prenant une bague des mains de Portia, et la remettant à Bassanio.

Prenez cette bague, seigneur Bassanio, et jurez de # ‘la conserver.

BASSANIO

Par le ciel, c’est celle que j'ai donnée au docteur.

Page 1