‹ Œuvres choisies de StendhalChapitre 13 sur 93 · LE DÔME DE MILAN · texte numérisé non relu

LE DÔME DE MILAN

5 novembre (1816). — Je suis allé tous ces soirs, vers les une heure du matin, revoir le Dôme de Milan. Éclairée par une belle lune, cette église offre un aspect d'une beauté ravissante et unique au monde.

Jamais l'architecture ne m'a donné de telles sensations. Ce marbre blanc découpé en filigranes n'a certainement ni la magnificence ni la solidité de Saint- Paul de Londres. Je dirai aux personnes nées avec un certain tact pour les beaux-arts : Cette architecture brillante est du gothique sans l'idée de mort; c'est la gaieté d'un cœur mélancolique; et, comme cette architecture dépouillée de raison semble bâtie par le caprice, elle est d'accord avec les folles illusions de l'amour. Changez en pierre grise le marbre éclatant de blancheur, et toutes les idées de mort reparaissent. Mais ces choses sont invisibles au vulgaire et l'irritent. En Italie, ce vulgaire est le petit nombre : il est l'immense majorité en France.

La façade demi-gothique du Dôme n'est pas belle, mais elle est bien jolie. Il faut la voir éclairée par la lumière rougeAtre du soleil couchant. On m'assure que le Dôme est, après Saint-Pierre, la plus vaste église du monde, sans excepter Sainte-Sophie.

Je suis allé me promener en tédiole à Marignan, le champ de gloire de François lrr, sur la route de Lodi.

La sédiole est une chaise posée sur l'essieu qui réunit deux roues très liantes. On f a i i trois Lieues à l'heure, Au retour, rue admirable du Dôme de Milan, dont le

marbte blanc, s'élevant au-dessus de toutes les maisons de la ville, se détache sur les Alpes de Bergame, qu'il semble toucher, quoiqu'il en soit encore séparé par une plaine de trente milles. Le Dôme, vu à cette distance, est d'une blancheur parfaite. Ce travail des hommes si compliqué, cette forêt d'aiguilles de marbre, double l'effet pittoresque de l'admirable contour des Alpes se détachant sur le ciel.

Je n'ai rien vu au monde de plus beau que l'aspect de ces sommets couverts de neige, aperçus à vingt lieues de distance, toutes les montagnes inférieures restant du plus beau sombre.

M. Stendhal a particulièrement goûté le charme des conversations dans les loges de la Scala : « Le théâtre de la Scala est le salon de la ville. Il n'y a de société que là ; pas une maison ouverte, n On trouve dans chaque loge cinq ou six personnes, et « la conversation (y est) établie comme dans un salon. Il y des manières pleines de naturel et une gaieté douce, surtout pas de gravité. » Suivons notre officier dans la logo de M. de Brème, puis de Nina Viganù :

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