SUPÉRIORITÉ DU CARACTÈRE ROMAIN
. 9 juin 1828. — Le despotisme papal, exercé par des gens passionnés, comme le reste du peuple, ne vit que de caprices; par conséquent, dix fois par an, le moindre cordonnier, comme le prince romain le plus riche, se trouve dans un cas imprévu et obligé d'inventer et de vouloir. C'est justement ce qui pouvait manquer à des hommes nés avec d'aussi grandes qualités pour être, comme individus, à la tête de leur espèce.
Si vous avez voyagé, suivez de bonne foi les suppositions que voici : prenez au hasard cent Français bien vêtus passant sur le pont Royal, cent Anglais passant sur le pont de Londres, cent Romains passant dans le Corso; choisissez dans chacune de ces troupes les cinq hommes les plus remarquables par le courage et l'esprit. Cherchez à avoir des souvenirs exacts : je prétends que les cinq Romains l'emporteront sur les Français el les Anglais; et cela, soit que vous les placiez dans une île déserte, comme Robinson Crusoé, ou à la cour du roi Louis XIV, chargés de suivre une intrigue, ou au milieu d'une chambre des communes orageuse. Le Français, mais celui de 1780, et non pas le triste raisonneur de 1829, l'emportera dans un salon où passer agréablement la soirée est la première affaire.
L'Anglais que ma supposition arrête sur le pont de Londres sera beaucoup plus raisonnable et beaucoup
mieux veto que le Romain; il aura des habitudes profondément sociales. Le jury et l'esprit d'association, l,i machine à vapeur, les dangers de La navigation, les
iurces dans le péril, lui seront choses familières;
. comme homme, il sera fort inférieur au Romain.