‹ Œuvres choisies de StendhalChapitre 63 sur 93 · l ix-neu vième siècle · texte numérisé non relu

l ix-neu vième siècle

« ... Un chasseur tire un coup de fusil dans une forêt, sa proie tombe, il s'élance pour la saisir-. Sa chaussure heurte une fourmilière liante de deux pieds, détruit.

1 habitation des four mil, sème au loin l«'s fourmis, leurs

.. Lei phiH philosophes parmi Ich foi

pourront jamais comprendre ce corps noir, immense, effroyable : la botte du cbasseur, qui tout à coup a pénétré dans leur demeure avec une incroyable rapidité, et précédée d'un bruit épouvantable, accompagné de gerbes d'un feu rougeâtre.

«... Ainsi la mort, la vie, l'éternité, choses fort simples pour qui aurait les organes assez vastes pour les concevoir...

« Une mouche éphémère naît à neuf heures du matin dans les grands jours d'été, pour mourir à cinq heures du soir; comment comprendrait-elle le mot nuit?

« Donnez-lui cinq heures d'existence de plus, elle voit et comprend ce que c'est que la nuit.

« Ainsi moi, je mourrai à vingt-trois ans. Donnez-moi cinq années de vie pour vivre avec Mme de Rénal... >>

Il se mit à rire comme Méphistophélès. « Quelle folie de discuter ces grands problèmes !

« 1° Je suis hypocrite comme s'il y avait là quelqu'un pour m'écouter;

« 2° J'oublie de vivre et d'aimer, quand il me reste

si peu de jours à vivre Hélas! Mme de Rénal est

absente ; peut-être son mari ne la laissera plus revenir à Besancon, et continuer à se déshonorer.

« Voilà ce qui m'isole, et non l'absence d'un Dieu juste, bon, tout-puissant, point méchant, point avide de vengeance....

« Ah! s'il existait... hélas! je tomberais à ses pieds : J'ai mérité la mort, lui dirais-je; mais, grand Dieu, Dieu bon, Dieu indulgent, rends-moi celle que j'aime! >•

La nuit était alors fort avancée. Après une heure ou deux d'un sommeil paisible, arriva Fouqué.

Julieo se sentait fort et résolu comme l'homme qui voit clair dans son Ame.

« Je ne peux pas jouera ce pauvre abbé Chas-Bernard le mauvais tour de le faire appeler, dit-il à Fouqué; il n'en dînerait pas de trois jours. Mais tâche de me trouver un janséniste, ami de Pirard et inaccessible a l'intrigue. »

Fouqué attendait cette ouverture avec impatience. Julien s'acquitta avec décence de tout ce qu'on doit à l'opinion en province. Grâce à M. l'abbé de Frilair, et malgré le mauvais choix de son confesseur, Julien était dans son cachot le protégé de la congrégation ; avec plus de conduite, il eût pu s'échapper. Mais le mauvais air du cachot produisant son effet, sa raison diminuait. Il n'en fut que plus heureux au retour de Mme de Rénal.

« Mon premier devoir est envers toi, lui dit-elle en l'embrassant; je me suis sauvée de Verrières.... »

Julien n'avait point de petit amour-propre à son égard, il lui raconta toutes ses faiblesses. Elle fut bonne et charmante pour lui.

Le soir, à peine sortie de prison, elle fit venir chez sa tante le prêtre qui s'était attaché à Julien comme à une proie : comme il ne voulait que se mettre en crédit auprès des jeunes femmes appartenant à la haute société de Besançon, Mme de Rénal l'engagea facilement à aller faire une neuvaine à l'abbaye de Bray-le- Haut.

Aucune parole ne put rendre l'excès et la folie de l'amour de Julien.

A force d'or, et en usant et abusant du crédit de sa tante, dévote célèbre et riche, Mme de Rénal obtint de le voir deux fois par jour.

A cette nouvelle, la jalousie de Mathilde s'exalta jusqu'à l'égarement. M. de Frilair lui avait avoué que tout son crédit n'allait pas jusqu'à braver toutes les convenances au point de lui faire permettre de voir son ami plus d'une fois chaque jour. Mathilde fit suivre Mme do Rénal afin de connaître ses moindres démarches. M. de Frilair épuisait toutes les ressources d'un esprit fort adroit pour lui prouver que Julien était indigne d'elle.

Au milieu de tous ces tourments elle ne l'en aimait que plus, et, presque chaque jour, lui faisait une >•■ horrible.

Julien voulait a toute force être honnête homme jusqu'à la fin avec cette pauvre jeune fille qu'il avait si étrangement compromise; mais, à chaque instant,

l'amour effréné qu'il avait pour Mme de Rénal l'emportait. Quand, par de mauvaises raisons, il ne pouvait venir à bout de persuader Mathilde de l'innocence des visites de sa rivale : « Désormais, la fin du drame doit être bien proche, se disait-il; c'est une excuse pour moi si je ne sais pas mieux dissimuler. »

Mlle de La Mole apprit la mort du marquis de Croisenois. M. de Thaler, cet homme si riche, s'était permis des propos désagréables sur la disparition de Mathilde; M. de Groisenois alla le prier de les démentir : M. de Thaler lui montra des lettres anonymes à lui adressées et remplies de détails rapprochés avec tant d'art qu'il fut impossible au pauvre marquis de ne pas entrevoir la vérité.

M. de Thaler se permit des plaisanteries dénuées de finesse. Ivre de colère et de malheur, M. de Groisenois exigea des réparations tellement fortes, que le millionnaire préféra un duel. La sottise triompha : et l'un des hommes les plus dignes d'être aimé trouva la mort à moins de vingt-quatre ans.

Cette mort fit une impression étrange et maladive sur l'âme affaiblie de Julien.

« Le pauvre Groisenois, disait-il à Mathilde, a été réellement bien raisonnable et bien honnête homme envers nous; il eût dû me haïr lors de vos imprudences dans le salon de madame votre mère, et me chercher querelle; car la haine qui succède au mépris est ordinairement furieuse. »

La mort de M. de Groisenois changea toutes les idées de Julien sur l'avenir de Mathilde; il employa plusieurs journées à lui prouver qu'elle devait accepter la main deM.de Luz. « C'est un homme timide, point trop jésuite, lui disait-il, et qui, sans doute, va se mettre sur les rangs. D'une ambition plus sombre et plus suivie que le pauvre Groisenois, et sans duché dans sa famille, il ne fera aucune difficulté d'épouser la veuve de Julien Sorel.

— Et une veuve qui méprise les grandes passions, répliqua froidement Mathilde; car elle a assez vécu pour voir, après six mois, son amant lui préférer une autro femme, origine de tous leurs malheurs.

— Vous êtes injuste; les visites de Mme de Rénal fourniront des phrases singulières à l'avocat de Paris chargé de mon recours en grAce ; il peindra le meurtrier honoré des soins de sa victime. Gela peut faire effet, et peut-être un jour vous me verrez le sujet de quelque mélodrame, etc., etc. »

Une jalousie furieuse et impossible à venger, la continuité d'un malheur sans espoir (car, même en supposant Julien sauvé, comment regagner son cœur?), la honte et la douleur d'aimer plus que jamais cet amant infidèle, avaient jeté Mlle de La Mole dans un morne silence, et dont les soins empressés de M. de Frilair, pas plus que la rude franchise de Fouqué, ne pouvaient la faire sortir.

Pour Julien, excepté dans les moments usurpés par la présence de Mathilde, il vivait d'amour et sans presque songer à l'avenir. Par un étrange effet de cette passion, quand elle est extrême et sans feinte aucune, Mme de Rénal partageait presque son insouciance et sa douce gaîlé.

« Autrefois, lui disait Julien, quand j'aurais pu être si heureux pendant nos promenades dans les bois de Vergy, une ambition fougueuse entraînait mon Ame dans les pays imaginaires. Au lien de serrer contre mon cœur ce bras charmant qui était si près de uns lèvres, l'avenir m'enlevait à toi; j'étais aux innombrables combats que j'aurais à soutenir pour bâtir une

fortune colossale Non, je serais mort sans connaître;

le bonheur, si vous n'étiez venue me voir dans cet h' prison. »

Deux événements vinrent troubler cette vie tranquille. Le confesseur de Julien, tout janséniste qu'il était, ne fut point à l'abri d'une intrigue de jésuites, et, à son insu, devint leur instrument.

11 vint lui dire un jour qu'à moins de tomber dans L'affreux péché du suicide, il devait faire toutes les démarches possibles pour obtenir sa grâce. Or, le clergé ayant beaucoup d'influence au ministère de la justice ;• Paris, un moyen facile se présentait : il fallait onvertir avec éclat.

« Avec éclat! répéta Julien. Ahl je voui \ prend ,

vous aussi, mon père, jouant lu comédie comme un missionnaire

— Votre âge, reprit gravement le janséniste, la figure intéressante que vous tenez de la Providence, le motif môme de votre crime, qui reste inexplicable; les démarches héroïques que Mlle de La Mole prodigue en votre faveur, tout enfin, jusqu'à l'étonnante amitié que montre pour vous votre victime, tout a contribué à vous taire le béros des jeunes femmes de Besançon. Elles ont tout oublié pour vous, même la politique....

Votre conversion retentirait dans leurs cœurs et y laisserait une impression profonde. Vous pouvez être d'une utilité majeure à la religion, et moi j'bésiterais par la frivole raison que les jésuites suivraient la même marche en pareille occasion! Ainsi, même dans ce cas particulier qui échappe à leur rapacité, ils nuiraient encore! Qu'il n'en soit pas ainsi.... Les larmes que votre conversion fera répandre annuleront l'effet corrosif de dix éditions des œuvres de Voltaire.

— Et que me restera-t-il, répondit froidement Julien, si je me méprise moi-même? J'ai été ambitieux, je ne veux point me blâmer; alors, j'ai agi suivant les convenances du temps. Maintenant, je vis au jour le jour. Mais à vue de pays, je me ferais fort malheureux, si je me livrais à quelque lâcheté »

L'autre incident qui fut bien autrement sensible à Julien vint de Mme de Rénal. Je ne sais quelle amie intrigante était parvenue à persuader à cette âme naïve et si timide, qu'il était de son devoir de partir pour Saint-Gloud et d'aller se jeter aux genoux du roi Charles X.

Elle avait fait le sacrifice de se séparer de Julien et, après un tel effort, le désagrément de se donner en spectacle, qui en d'autres temps lui eût semblé pire que la mort, n'était rien à ses yeux.

« J'irai au roi, j'avouerai hautement que tu es mou amant : la vie d'un homme et d'un homme tel que Julien doit l'emporter sur toutes les considérations Je dirai (pie c'est par jalousie que tu as attente à ma vie. Il y a de nombreux exemples de pauvres jeunes gens

sauvés dans ce cas par l'humanité du jury, ou celle du roi....

— Je cesse de te voir, je te fais fermer ma prison, s'écria Julien, et bien certainement le lendemain je me tue de désespoir, si tu ne me jures de ne faire aucune démarche qui nous donne tous les deux en spectacle au public. Cette idée d'aller à Paris n'est pas de toi. Dis-moi le nom de l'intrigante qui te l'a suggérée....

« Soyons heureux pendant le petit nombre de jours de cette courte vie. Cachons notre existence; mon crime n'est que trop évident. Mlle de La Mole a tout crédit à Paris, crois bien qu'elle fait ce qui est humainement possible. Ici, en province, j'ai contre moi tous les gens riches et considérés. Ta démarche aigrirait encore ces gens riches et surtout modérés, pour qui la vie est chose si facile.... N'apprêtons point à rire aux Maslon, aux Valenod et à mflle gens qui valent mieux. »

Le mauvais air du cachot devenait insupportable à Julien. Par bonheur, le jour où on lui annonça qu'il fallait mourir, un beau soleil réjouissait la nature, et Julien était en veine de courage. Marcher au grand air fut pour lui une sensation délicieuse, comme la promenade à terre pour le navigateur qui longtemps a été à la mer. « Allons, tout va bien, se dit-il, je ne manque point de courage. »

Jamais cette tête n'avait été aussi poétique qu'au moment où elle allait tomber. Les doux instants qu'il avait trouvés jadis dans les bois de Vergy revenaient en foule à sa pensée et avec une extrême énergie

Tout se passa simplement, convenablement, et de sa part sans aucune affectation.

L'avant-veille, il avait dit a Fouqué : « Pour <l<- l'émotion, je ne puis en répondre; ce cachot si laid, si humide me donne des moments de fièvre où je ne nie reconnais pas; mais de la peur non, on ne me verra point pâlir. »

Il avait pris ses arrangements d'avance pour que, le matin du dernier jour, Fouqué cnle\.<l M;ilhilde et Mme de Rénal. « Emmène-les dans la même voiture, lui avait-il dit. Arrange-toi pour que les chevaux de potte ne quittent pas le galop. Elles tomberont dans

les bras l'une de l'autre, ou se témoigneront une haine mortelle. Dans les deux cas, les pauvres femmes seront un peu distraites de leur affreuse douleur. »

Julien avait exigé de Mme de Rénal le serment qu'elle vivrait pour donner des soins au fils de Mathilde.

« Qui sait? peut-être avons-nous encore des sensations après notre mort, disait-il un jour à Fouqué. J'aimerais assez à reposer, puisque reposer est le mot, dans cette petite grotte de la grande montagne qui domine Verrières. Plusieurs fois, je te l'ai conté, retiré la nuit dans cette grotte, et ma vue plongeant au loin sur les plus riches provinces de France, l'ambition a enflammé mon cœur : alors c'était ma passion.... Enfin, cette grotte m'est chère, et l'on ne peut disconvenir qu'elle ne soit située d'une façon à faire envie à l'âme d'un philosophe... eh bien! ces bons congréganistes de Besançon font argent de tout; si tu sais t'y prendre, ils te vendront ma dépouille mortelle.... »

Fouqué réussit dans cette triste négociation. Il passait la nuit seul dans sa chambre, auprès du corps de son ami, lorsque, à sa grande surprise, il vit entrer Mathilde. Peu d'heures auparavant il l'avait laissée à dix lieues à Besançon. Elle avait le regard et les yeux égarés.

« Je veux le voir », dit-elle.

Fouqué n'eut pas le courage de parler ni de se lever. Il lui montra du doigt un grand manteau bleu sur le plancher; là était enveloppé ce qui restait de Julien.

Elle se jeta à genoux. Le souvenir de Boniface de La Mole et de Marguerite de Navarre lui donna sans doute un courage surhumain. Ses mains tremblantes ouvrirent le manteau. Fouqué détourna les yeux.

Il entendit Mathilde marcher avec précipitation dans la chambre. Elle allumait plusieurs bougies. Lorsque Fouqué eut la force de la regarder, elle avait placé sur une petite table de marbre, devant elle, la tête de Julien et la baisait au front

Mathilde suivit son amant jusqu'au tombeau qu'il s'était choisi. Un grand nombre de prêtres escortait la bière et, à l'insu de tous, seule dans sa voiture drapée,

elle porta sur ses genoux la lète de l'homme qu'elle avait tant aimé.

Arrivés ainsi vers le point le plus élevé d'une des plus hautes montagnes du Jura, au milieu de la nuit, dans cette petite grotte magnifiquement illuminée d'un nombre infini de cierges, vingt prêtres célébrèrent le service des morts. Tous les habitants des petits villages de la montagne traversés par le convoi l'avaient suivi, attirés par la singularité de cette étrange cérémonie.

Mathilde parut au milieu en longs vêtements de deuil, et, à la fin du service, leur fit jeter plusieurs milliers de pièces de cinq francs.

Restée seule avec Fouqué, elle voulut ensevelir de ses propres mains la tête de son amant. Fouqué faillit en devenir fou de douleur.

Par les soins de Mathilde, cette grotte sauvage fut ornée de marbres sculptés à grands frais en Italie.

Mme de Rénal fut fidèle à sa promesse. Elle ne chercha en aucune manière à attenter à sa vie: mais, trois jours après Julien, elle mourut en embrassant ses enfants.

LUCIEN LEUVVEN

(composé de 1834 à 1836)

Lucien Leuwen doit être }>lac»'', parla date: de sa composition (1834- 1836), entre le liante et le Noir (1831) et la Chartreuse de Parme (1839). Beyle hésita longtemps sur le titre; il s'est arrêté finalement à celui-ci. Le livre devait avoir 3 volumes : Nancy, Paris, Madrid. Seules les deux premières parties ont été retrouvées et publiées en 1894 (E. Dentu).

Il sera très difficile d'en établir le texte définitif. Le manuscrit est très fréquemment illisible;, non seulement à cause de l'écriture de Beyle, mais par suite des ratures, griffonnages, additions qui, par endroits, forment un tout assez obscur. Très souvent aussi, on se trouve en présence de deux leçons entre lesquelles on est libre de choisir, et il y a presque h chaque pas des décisions à prendre. Enfin les négligences de style sont innombrables, et on ne sait 6Ï l'on doit toujours les laisser subsister : on est pris entre le désir de respecter le texte et celui de ne pas reproduire an nonsens *.

« J'ai suivi l'usage des peintres que je trouve amusant, et travaillé d'après des modèles, disait Beyle dans un Testament du 25 décembre 1834.... Je voudrais que ce livre fût écrit comme le Code civil. » C'est parce qu'il avait travaillé d'après des modèles, que l'auteur gardail l'œuvre en réserve. Elle nous offre la psychologie morale et politique du gouvernement de Juillet, elle nous peint les dessous de cette société par des détails oaraotéristiquea observés avec une pénétration aiguë, trop aiguë même, et où trop de gens peut-être auraient reconnu la vérité.

La vérité est loin d'être belle, on le conçoit. « L'idée générale, disait un critique à l'apparition de l'ouvrage, il semble que ce aoil celle-ci : l'étude d'un jeune homme né loyal et tendre, en une période d'affaissement général, où il n'y a guère de place pour les ambitions héroïques, ou simplement généreuses, où il n'y a que

1. Mon vieil ami M. Mord, professeur de Première au Lycée de Grenoble, m'a été' (l'un précieux secours pour déchiffrer quelquesunes ibs pages les plus amusantes île l.atwcit (Ms. de la Biblioth. de Grenoble n° 957 <lu Catalogue General des niss; 11. 301, t. I\ ; je l'en remercie avec affection.

mesquinerie aussi bien dans le pouvoir que chez les ennemis du pouvoir.... » Lucien Leuwen, fils du banquier formidablement riche et tout-puissant (maison Van Peters, Leuwen et Cie), a été exclu de Polytechnique comme républicain, parce que, malgré la consigne, il était sorti avec ses camarades en temps d'émeute (1832); il a obtenu, grâce à son père, un poste de 60us-lieutenant à Nancy. Dans l'ennui mortel de la province, au milieu des déboires et des dégoûts de la vie de garnison, il est devenu amoureux d'une délicieuse jeune femme Mme de Ghasteller, dont il est aimé. A la suite d'une infâme machination, inventée par le médecin Dupoirier, un coquin qui mène le parti légitimiste, il a cru Mme de Cbasteller déshonorée et il est revenu à Paris. Son père la casé, comme mailre des Requêtes, dans le cabinet de Son Excellence M. de Vaizc, un ministre « à l'air commun, l'air valet de chambre », lequel a grand besoin du banquier Leuwen pour faire réussir ses opérations à la Bourse. Entre autres besognes politiques louches, M. de Vaizc a confié à Lucien une mission électorale que ce dernier, aidé par un pauvre diable de secrétaire M. CofTe, a accomplie sans succès, mais avec un zèle et une intelligence tout à fait rares dans ce monde malhonnête et égoïste. Le ministre est trop sot pour reconnaître les qualités de son collaborateur. Mais, cette fois, M. Leuwen vengera son fils. !1 frappera le ministre non « comme son banquier », mais comme député, car M. Leuwen, pour se distraire, vient de se faire élire dans l'Aveyron. Il fera « six semaines de demi-opposition » au ministère; voici comment :

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