DE L'ÉDITEUR. U
deux pouvoirs? N'est-elle que la force militaire? — Prenez-y garde : hors la Charte , tout est remis en question ; tout redevient précaire et dangereux. * 15** Si un sacre est une affaire d'État, pourquoi cette ajBTaire est-elle de pur arbitre? Si c'est une cérémonie de piété , pourquoi en faire plus de bruit que de laver les pieds des pauvres et de toucher les écrouelles? — Quand toute la morale de l'Évangile n'est qvCkumilUé et simplicité, pourquoi sa pratiquîe n'est-elle que faste et dissipation?
ITn digne et curieux appendice à cette histoire du prêtre Samuel , serait celle de son pupille le berger David devenu roi. Il y a quelques années qu'un essai de ce genre fut publié à Londres sous le titre de History ofman according to God^s otvn heart, « Histoire de l'homme selon le cœur de Dieu. «L'auteur a bien saisi le caractère de cet homme, et il ne faut que savoir lire sans préjugé le livre juif pour le bien connaître par le récit de ses actions ; mais cet auteur anonyme n'a pas su ,^ comme le nôtre ici, analyseï' et faire ressortir les motifs qui ont dirigé David dans la plupart de ses actions; c'est là le plus piquant intérêt de la chose : l'on y verrait l'un des plus rusés, des plus subtils machiavélistes de l'antiquité : l'on y verrait que l'ancienne Asie a connu et pratiqué l'art raffiné de la tyrannie, longtemps avant que la perverse Italie moderne en eût rédigé les préceptes. En fait de talents militaires, en astuce politique, il y a une ressemblance frappante entre l'Hébreu David et le Carthaginois Annibal , qui tous deux parlèrent la même langue, furent élevés dans les mêmes usages nationaux , et dans les mêmes principes de morale. Parmi les modernes , la meil-
\^ CÛMCIUSIONS
lewe copie du rai hébreu est le premier roi cbréiXen des Fraqcs, Clovis, te) qi^e vieqt de le peindre UD poète d^ps une tragédie qiû est un portrait historique.
Un autre tableau serait celui du Qls adultérin de David I ce Salomon de si célèbre sagesse. Il est à remarquer que tout ce que ^s voyageurs dignes de foi nous ont fait connaître depuis quelque temps de Tadministr^tiQU du pacha d'Egypte Mehemei^AU, se rapporte trait pour trait à ce que Ton raconte de celle de Salomon. Comme ce roi, le pacha turc a concentré en lui seul le commerce intérieur et extérieur de tout son peuple ; lui seul achète et vend les blés , les riz , les sucres, toutei^ les denrées que produit rÉgypte; lui seul reçoit de Tétranger les cafés, les draps, les marchandises de tout genre, qu'il revend à son peuple. Il a, comme Salomon, un harem de plusieurs centaines de femmes, des écuries de plusieurs milliers de chevaux; de man nière que , tout bien comparé , le pacha Mehemet-'Ali est un Salomon , ou Salomon fut un pacha Mehemed- Ali. Nos voyageurs ajoutent que depuis longtemps le peuple d'Egypte n'avait été plus malheureux, vexé , pressuré avec plus d'habileté et de perversité. Leshistorien^ juifs ne nous cachent pas qu^api^s la mort de Salomon , le peuple ai mécontent , si irrité, (|ne, ne pouvant obtenir de son fils les soulagements dom^ndés, it éclata en révolte et r^eta sa dynastie pour prendre des rois plus modérés. Iq mge$se de Salomon porte en hébreu le même nom que celle dont le Pharaon d'Egypte déclara vouloir se servir pour mieux accabler les Hébreux : Opprimont^ (ei^ dit-il f avec ^qgosse^ Be hekmah. Nos docteurs
DE L'ËDIT£Oft. — NOTES. ^*7
déraigonoi^t sur ce mot ; le fait est que son vrai sens est habileté j emploi adrcitet rusé de la ptnssemee. Mais Salomon bâtit un magnifique temple où furent logés et richement dotés de nombreux prêtres ; et ces prêtres ont été ses bistorieus. N'egt-çe pas fiiinsi qu'a été écrite par des moines Thistoir^ di^ vm francs de la première et même de la seconde race?
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Page 76. — 17» homme de Dieu [Elahim)^ au nom de Jf* bovaQnJeliwh.
LemoiJehovah n'est connu d'aaçui^ indigène jirabe, d'^Micuff Juif purement asiatique ; son origine même che^ lesEun^ensqui le consacrent, n*est ni claire ni jiutbentique : lorscfue Ton présente aux Arabes, transcrites en lew: alpbal)^, }e$ qjii^itre lettres hébraïques qui le composent, ils lis^t ïo^ptiah pu i^wA; il^ PjS. Pf ^vçnt même prononcer à l'anglaise ou à la française ^ mot JeJ^oviçib. parce qu'en leur langue ils n'ont n\jé ni vé. L(S célèbre ^utewr de la Polyglotte anglaise, le docteur Robert Wallon, Vmi d^s plus savants et des plus sensés biblistes qui aient écrit sur ces matières, l^lâme expres^ent la pronjotficiatipn jehopa ammp. iPQPîe aux anciens (Pro%p^., pag. &9). « Il obs^fe q^e les i^it^s 4es » bibles ont eu l'audace de falsifier à cet é^ard les manuscrits ml » mes; par exemple, à l'occasion du psaume 8 , lorsque Jérôme 9 observe qu'il faut lire le nom de Dieu de telle manière^ lesédi- » teurs ont mis qu'il faut lire Jéhova , tandis que le manuscrit » compulsé par Frobenius porte Joo. »
Le premier auteur, ajoute Walton^ qui ait lu Jefiova, fut
Pierre Galatin, en i5'20, dans son u-aîté de Arcanis catliolicœ
veriiatiSt tome 4*', liv. 2.
Nous avons vérifié cette citation sur Toriginal, qui dit seulement que, selon les docteurs juifs, il faut lire les quatre lettres par quatre syllabes lak-hù-ve-hu (et cela par des raisons cabalistiques qui nous sont la preuve de leur ignorance en tout genre, etc. »
Il parsdtrait que ce sont les théologiens allemands qui les premiers s*étant faits disciples des rabbins, ont donné involontairement lieu à cette lecture ; nous disons involontairement, parce que chez eux, le grand ; ne vaut que notre petit i commun, et leur u ne vaut que le français ou s de manière qu*en écrivant jehuah, ils prononcent ïehouah, et non Jeohovah ; mais les Français et les Anglais, lisant à leur manière cette écriture, ont introduit Tusage de Jehovah, auquel leur imagination a ensuite attaché des idées mystérieuses et emphatiques qui rappellent celles des anciens Juifs, chez lesquels la prononciation des quatre X^iiTe&ïhwh était censée évoquer les esprits et troubler toute la nature; par suite de cette folle idée, il était défendu de jamais prononcer ce nom : aussi les premiers chrcl'^ns grecs et latins, tels qu*On^èn^, j4puila, Jérôme, Font-ils toujours traduit par les noms de Kyrios et Adonaî ; c'est-à-dire maftre ou seigneur. Ce n'est que dans des cas particuliers, que quelques anciens chrétieAs se sont permis d'entrer en explication à cet égard : ce qu'ils en disent, s'accorde parfaitement avec la lecture actuelle des Arabes et des juifs d'Asie; par exemple : Irénée, l'un des premiers écrivaiens dits ecclésiastiques, observe (liv. 2, contre les hérétiques, chap. dernier)» que * les Grecs écrivent ïaô, ce qui se dit en hébreux faoth, » (Le ^ seul est de trop.)
Théodoret, question 45 sur V Exode, dit: « Le nom prononcé » îaô par les Juifs, se prononce iahè par les Samaritains (ici b est « pour î?, iawè). »
Diodore de Sicile, liv. 2, avait déjà résolu la difficulté, en disant que Moïse avait feint (comme Lycnrgue) de recevoir ses lois du Dieu ïaw. Avant Diodore, Strabon avait dit la même chose d'une mafnière encore plus explicative en ce passage digne d'être cité : « Moïse, l'un des prêtres égyptiens , enseigna que cela seul » était la Divinité, qui compose le ciel , la terre , tous les êtres, » enfin ce que nous appelons le inonde^ l'universalité des choses, la nature, i^ [Voy, Géograph. lib. XTi,pag. 110/i,édit. de 4707.
NOTES. i49
Le grec Philon^ traducteur du Phénicieii Sancholiiatoii , se joint à toutes ces autorités, quaud il dit que le dieu des Hébreux s'api^elait ïeuâ, ainsi que nousTapprend Ëusèbe en sa Préparaticm é\angélique. Il est donc certain que jamais les Hébreux n'ont connu ce prétendu nom, si emphatiquement déclamé Jéhovah par nos poètes et nos théologiens, et ils ont dû le prononcer comme les Arabes actuels ïehouh^ signifiant Vêlre^ l'essence^ Vexistence^ la nature des choses^ ainsi que Ta bien dit Strabon, qui en cette affaire n'a dû être que Tlnterpréte des savants syriens de son temps, puisque très probablemant il n'a point su ces langues.
Si de ce mot ïhouh l'on ôté les A, selon le génie de la langue grecque, il reste iow, base de Jupiter, ou ïu^pater {îon générateur^ l'essence de la vie), qui paraît avoir été connu très anciennement des LathiSy enfants des Pclasgues. Cette branche de théologie est plus profonde et bien moins juives qu'on ne le pense : elle paraît venir des Égyptiens ou des Chaldéens, qui , sous le nom de Barbares, sont pourtant reconnus par les Grecs pour les auteurs de toute science astronomique eiphysiqae, base primitive et directe de la ihéolagie...
Pour épuiser ce sujet, ajoutons que chez les premierschrétiens» la secte des gnostiques ou savants eu traditions avait recueilli celle qui donnait le nom de ïaé au premier et au plus grand des trois cent soixante-cinq dieux qui gouvernaient le monde ; ce plus grand résidait dans le premier et le plus grand de tous les deux {voy. Epiph. cont. haer., c. 26): or selon Aristote, ce pre* mier ciel est le siège et principe de tout lucuvement , de toute existence, de toute vie, le vrai ïehouh de Moïse.
Quont au nom iVElahim ou Eloïm, traduit Dieu, au singulier, il est incontcstaSle qu'en hébreu il estpluriel et siguifie tes Dieux, Cette pluralité fut la doctrine première ; mais depuis que Moïse eut constitué chez eux le dogme de l'iin//^, le nom iVElaliim^ les JDieuXt ne gouverna plus que le singulier. La diversité d'emploi dans ces deux noms Elahim et ïehouh est digne d'attention en nombre d'endroits.