CHAPITRE in. U
famine et la peste ont moissonné les habitants, si la terre est restée déserte, egt-ce Dieu qui la dépeuplée ? Est-ce son avidité qui pille le laboureur, ravage les champs producteurs et dévaste les campagnes, ou est-ce Tavidité de ceux qui gouvernent? Est-ce son orgueil qui suscite des guerres homicides, ou Torgueil des rois et de leurs ministres? Est-ce la vénalité de ses décisions qui renverse la fortune des familles, ou la vénalité des organes des lois ? Sont-ce enfin ses pas^ sions qui, sous mille formes, tourmentent les individus et les peuples, ou sont^ce les passions des hommes? Et si, dans V angoisse de leurs maux, ils nen voient pas les remèdes, est-ce l'ignorance de Dieu qu'il en faut inculper, ou leur ignorance? Cessez donc, ô mortels, d'accuser la fatalité dn sort ou le§ jugements de la Divinité ! Si Dieu est bon , sera*t-i} l'auteur de votre supplice? S'il est juste, sera-t-il le compUce de vos forfaits? Non, non; la bizarrerie dont l'homme se plaint n'est point la bizarrerie du destin ; l'obscurité où sa raison s'égare n'est point robscurité de Dieu ; la source de ses calamités n'est point reculée dans les cieux ; elle est près de lui sur la terre : elle n'est point cachée au sein de la Divinité ; elle réside dans l'homme même ; il la porte dans son cœur.
a Tu murmures et tu dis : Commeiit des peuples infidèles ont-ils joui des bienfaits des cieux et de la terre? Comment des races saintes sont-elles moins fortunées que des peuples impies ? Homme fasciné ! où est donc la contradiction qui tç scandalise? Où est l'énigme que tu supposes à la justice des cieux? Je re<* mets à toi-même la balance des grâces et des peines, des causes et des effets. Dis : Quand ces infid^es observaient les lois des cieux et de la terre, quand ils
réglaient d'intelligents tiravaùx sur Tordre des saisons et la course des astres, Dieu devait-il troubler Téquilibre du monde pour tromper leur prudence? Quand leurs mains cultivaient ces campagnes avec soins et sueurs, devait-il détourner les pluies, les rosées fécondantes, et y faire croître des épines? Quand, pour fertiliser ce sol aride, leur industrie construisait des aqueducs, creusait des canaux, amenait, à travers les déserts, des eaux lointaines, devait-il tarir les sources des montagnes? devait-il arracher les moissons que l'art faisait naître, dévaster les campagnes que peuplait la paix, renverser les villes que faisait fleurir le travail, troubler enfin Tordre établi par la sagesse de Thoitime? Et quelle est cette infidélité qui fonda des empires par la prudence, les défendit par le courage, les affermit par la justice ; qui éleva des villes puissantes, creusa des ports profonds, dessécha des marais pestilentiels, couvrit la mer de vaisseaux, la terre d'habitants, et, semblable à Tesprit créateur, répandit le mouvement et la vie sur le monde? Si telle est l impiété, qu'est-ce donc que la vraie croyance ? La sainteté consiste-t-elle à détruire ? Le Dieu qui peuple Tair d'oiseaux, la terre d'animaux, les ondes de reptiles; Dieu qui anime la nature entière, est-il donc un Dieu de ruines et (Je tombeaux ? Demande-t-il la dévastation pour hommage, et pour sacrifice Tincendie ? Veut-il pour hymnes des gémissements, des homicides pour adorateurs, pour temple un monde désert et ravagé? Voilà cependant, races savates et pdelesy quels sont vos ouvrages ! voilà les fruits de votre fiétél Vous avez tué les peuples, brûlé les villes, détruit les cultures, réduit la terre en solitude, et vous den^andez le salaire de vos œuvres ! Il faudra sans doute vous produire des miracles ! II faudra ressusciter les laboureurs que vous égorgez, re--
CHAtlTRE m. iS(
lever les murs que vous renversez, reproduire les moissons que vous détruisez, rassembler les eaux que TOUS dispersez, contrarier enfin toutes les lois des cieux et de Ta terre ; ces lois établies par Dieu même^ pour démonstration de sa magnificence et de sa grandeur ; ces lois éternelles antérieures à tous les codes, à tous les prophètes; ces lois immuables que ne peuvent altérer, ni les passions, ni l'ignorance de Thomme ! Mais la passion qui les méconnaît, Vignorance qui n'observe point les causes, qui ne prévoit point les effets, ont dit dans la sottise de leur cœur : « Tout vient du hasard, une fatalité aveugle verse le bien et le niai sur la terre, sans que la prudence ou le savoir puisse s'en préserver. » Ou, prenant un langage hypocrite, elles ont dit : « Tout vient de Dieu ; il se plaît à tromper la sagesse et à confondre la raison...» Et Fignorance s'est applaudie dans sa malignité. « Ainsi, a-t-elle dit, je m'égalerai à la science qui*me blesse ; je rendrai inutile la prudence qui me fatigue et m'importune.» Et la cupidité a ajouté : « Ainsi j'opprimerai le faible et je dévorerai les fruits de sa peine ; et je dirai : Ccst Dieu qui l'a décrété y c^ est Je sort qui ta voulu, » — Mais moi, j'en jure par les lois du ciel et de la terre, et par celles qui régissent le cœur humain ! l'hypocrite sera déçu dans sa fourberie, l'injuste dans sa rapacité; le soleil changera son cours avant que la sottise prévale sur la sagesse et le savoir, et que l'aveuglement l'emporte sur la prudence, dans l'art délicat et profond de procurer à l'homme ses vraies jouissances, et d'asseoir sur des bases solides sa félicité. »
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