‹ Œuvres Choisies de VChapitre 19 sur 109 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Principe âet Sociétés.

Cependant, errants dans les bois et aux bords des fleuves, à la poursuite des fauves et des poisson?, lés premiers humains, chasseurs et pêcheurs, entoures de dangers, assaillis d'ennemis, tourmentés par la faim, par les reptiles, par les bêtes féroces, sentirept Ic^faiblesse individuelle ; et, mus dUm besoin commun de su" reté et d'un sentiment rkiproqne des mêmes maux, ils unirent leurs movens et leurs forces ; et quand Tun

encourut un péril, plusieurs l'aidèrent et lé seGonni* relit ; quand l'un manqua de subsistance, im autre le partagea de sa proie : ainsi les hommes s'asêocièrent pour apurer leur existence ^ pour accroUre leurs facultés, pour protéger leurs jouissances; et Y amour de soi devint le principe de la société.

Instruits ensuite par l'épreuve répétée d'accidents divers, par les fatigues d'une vie vagabonde, par les soucis de disettes fréquentes, les hommes raisonnèrent en eux-mêmes, et se dirent : «Pourquoi consumer nos jours à chercher des fruits épars sur un sol avare? Pourquoi nous épuiser à poursuivre des proies qui nous écliappent dans Tonde et les bois? Que ne rassemblons-nous sous notre main les animaux qui nous sustentent ? Que n'appliquons-nous nos soins à les muU tiplier et à les défendre? Nous nous alimenterons de leurs produits, nous nous vêtirons de leurs dépouilles, et nous vivrons exempts des fatigues du jour et des soucis du lendemain. » Et les hommes, s'aidant Tun et l'autre, saisirent le chevreau léger, la brebis timide ; ils captivèrent le chameau patient, le taureau farouche, le cheval impétueux ; et, s'applaudissant de leur industrie, ils s'assirent dans la joie de leur âme, et commencèrent de goûter le repos et l'aisance ; et / Vmour de soi, principe.de tout raisonnementy devint le moleur de loxit art et de toute jouissance.

Alors que les hommes purent couler des jours dans de longs loisirs et dans . la communication de leurs pensées, ils portèrent sur la terre, sur les cieux, et sur leur propre existence, des regards de curiosité et de réflexion ; ils remarquèrent le cours des saisons, l'action des éléments, les propriétés des fruits et des plantes, et ils appliquèrent leur esprit à multiplier leurs jouissances. Et dans quelques contrées, ayant observé

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