‹ Œuvres Choisies de VChapitre 27 sur 109 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Causes générales des révolutions et de la ruine des aanîens ^Êtats.

Cependant la cupidité avait suscité entre les bom^ mes une lutte constante et universelle qui, portant sans cesse les indiyidus et les sociétés à des invasions réciproques, occasionna des révolutions successives et une agitation renaissante.

Et d'abord, dans letat sauvage et barbare des premiers humains, cette cupidité audacieuse et féroce enseigna la rapine, la violence, le meuitre ; et longtemps les progrès de la civilisation en furent ralentis.

Lorsqu'ensuite les sociétés commencèrent de se former, Teffet des mauvaises habitudes passant dans les • lois et les gouvernements, il en corrompit les institutions et le but; et il s établit des dfoits arbitraires et factices, qui dépravèrent les idées de justice et la moralité des peuples.

Ainsi, parce qii'un homme fut plus fortqu un autre, cette inégalité, accident de la nature, fut prise pour sa loi ; et parce que le fort put ravir au faible la vie, et qu'il la lui conserva, il s'arrogea sur sa personne un droit de "propriété abusif, et \ esclavage des individus prépara l'esclavage des nations.

Parce que le chef de famille put exercer une autorité absolue dans sa maison, il ne prit pour règle de sa conduite que ses goûts et ses affections : il donna ou 6ta ses biens sans égalité, sans justice ; et le despo-

tisme paternel îetà les fondements du despotisme politique. Et dans les sociétés formées sur ces bases, le temps et le travail ayant développé les richesses, la cupidité, gênée par les lois, devint plus artificieuse sans être moins active. Sous des apparences d'union et de paix civile, elle fomenta, au sein de chaque Etat, une guerre intestine, dans laquelle les citoyens, divisés en corps opposés de professions, de classes, de familles, tendirent éternellement à s'approprier, sous le nom de pouvoir suprême^ la faculté de tout dépouiller et de tout asservir au gré de leurs passions; et c'est cet esprit d'invasion qui, déguisé sous toutes les formes, mais toujours le même dans son but et dans ses mobiles, n'a cessé de tourmenter les nations.

Tantôt s^opposant au pacte social, ou rompant celui qui déjà existait, il livra les habitants d'un pays au choc tumultueux de toutes leurs discordes ; et les États dissous furent, sous le nom à' anm-chie , tourmentés par les passions de tous leurs membres.

Tantôt, un peuple jaloux de sa liberté, ayant préposé des agents pour administrer, ces agents s'appro-* prièrent les pouvoirs dont ils n'étaient que les gardiens : ils employèrent les fonds publics à corrompre les. élections, à s'attacher des partisans, à diviser le peuple en lui-même. Par ces moyens, de temporaires qu'ils étaient, ils se rendirent perpétuels ; puis d'élec- ^ tifs, héréditaires ; et TEtat, agité par les brigues des ambitieux, par les largesses des riches factieux, par. la j vénalité des pauvres oiseux , par l'empirisme des orateurs, par l'audace des hommes pervers, par la faiblesse des hommes vertueux, fut travaillé de tous les inconvénients de la démocratie.

Dans un pays, les chefe égaux en force, se redoutant mutuellement, firent des pactes impies, des as- •

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