CHAPITRE XI
des crimeSj ses souffrances pour des expiations^ il voulut aimer la douleur ^ abjurer l* amour de soi-même; il persécuta ses sens, détesta sa vie; et une morale abnégatîve et antisociale plongea les nations dans Finertie de la mort.
Mais parce que la nature prévoyante avait doué le cœur de l'homme d'un espoir inépuisable, voyant le bonheur tromper ses désirs sur cette terre, il le poursuivit dans^ un autre monde : par une douce illusion, il se fit une autre patrie, un asile où, loin des tyrans, il reprit les droits de son être ; de là résulta un nouveau désordre : épris d'un monde imaginaire^ l'homme méprisa celui de la nature ; pour des espérances chimériques, il négligea la réalité. Sa vie ne fut plus à ses yeux qu'un voyage fatigant^ qu'un songe pénible ; son corps qu'une prison^ obstacle à sa félicité ; et la terre un lieu d'^a?e7et dé pèlerinage , qu'il ne daigna plus cultiver. Alors une oisiveté sacrée s'établit dans le monde politique; les campagnes se désertèrent ; les friches se multiplièrent, les empires se dépeuplèrent, les monuments furent négligés ; et, de toutes parts, l'ignorance, la superstition, le fanatisme, joignant leurs effets, multiplièrent les dévastations et les ruines.
Ainsi, agités par leurs propres passions, les hommes en masse ou en individus, toujours avides et imprévoyants, passant de l'esclavage à la tyrannie, de l'orgueil à l'avilissement, de la présomption au découragement, ont eux-mêmes été les éternels instruments de leurs infortunes.
Et voilà par qiiels mobiles simples et naturels fut régi le sort des anciens Etats ; voilà par quelle série de causes et d'effets liés et conséquents, ils s'élevèrent ou . s'abaissèrent selon que les lois physiques du cœur humain y furent observées ou enfreintes ; el dans le cours
successif de leurs vicissitudes, cent peuples divers, cent empires tour à tour abaissés, puissants, conquis, renversés, en ont répété pour la terre les instructives leçons... Et ces leçons aujourd'hui demeurent perdues pour les générations qui ont succédé ! Les désordres des temps passés ont reparu chez les races présentes ! les chefe des nations ont continué de marcher danï des voies de mensonge et de tyrannie 1 les peuples de s'égarer dans les ténèbres des superstitions et de l'ignorance !
Eh bien, ajouta le Génie en se recueillant, puisque rexpérience des races passées reste ensevelie pour les races vivantes, puisque les fautes des aïeux n'ont pas encore instruit leurs descendants, les exemples anciens vont reparaître : la terre va voir se i^enou vêler les scènes imposantes des temps oubliés. De nouvelles révolutions vont agiter les peuples et les empires. Des trônes puissants vont être de nouveau renversés, et des catastrophes terribles rappelleront aux hommes que ce n'est point en vain qu'ils enfrei[Tnent les lois de la nature et les préceptes de la sagesse et de la vérité. »