‹ Œuvres Choisies de VChapitre 33 sur 109 · CHAPITRE XII. 4T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 4T

chez les deux nations, les temples, assiégés d'un peuple immense, m'offrirent un spectacle qui fixa mon attention. D'un côté, les Musulmans, assemblés devant leurs mosquées, se lavaient les mains, les pieds, se taillaient les ongles, se peignaient la barbe ; puis, étendant par terre des tapis, et se tournant vers le midi, les bras tantôt ouverts et tantôt croisés, ils faisaient des génuflexions et des prostrations ; et, dans le souvenir des revers essuyés pendant leur dernière guerre, ils s'écriaient : c< Dieu clément. Dieu miséricordieux ! as-tu donc abandonné ton peuple fidèle ? Toi, qui as promis au Prophète l'empire des nations et signalé ta religion par tant de triomphes, comment livres-tu les vrais croyants aux armes des infidèles? » et les Imans et les Santons disaient au peuple : « C'est le châtiment de vos péchés. Vous mangez du porc, vous buvez du vin ; vous touchez les choses immondes : Dieu vous a punis. Faites pénitence, purifiezvous, dites la profession de foi (1), jeûnez de l'aurore au coucher, donnez la dîme de vos biens aux mosquées, allez à la Mekke, et Dieu vous rendra la victoire. » Et le peuple, reprenant courage, jetait de grands cris : « Il n'y a qu'un Dieu , dit-il saisi de fureur, et Mahomet est son prophète : ^oiathème à quiconque ne croit pas ! . . .

«Dieu.de bonté, accorde-nous d'exterminer ces chrétiens : c'est pour ta gloire que nous combattons, et notre mort est un martyre pour ton nom. »

Et alors, offrant des victimes, ils se préparèrent aux combats.

D'autre part, les Russes à genoux s'écriaient: «Rendons grâces à Dieu, et célébrons sa puissance ; il a for-

(4 ) U n'y a qu'on Dieu, et Mahomet est son prophète.

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tifié notre bras pour humilier ses ennemis. Dieu bien^ faisant, exauce nos prières : pour te plaire, nous passerons trois jours sans manger ni viande ni œufe. Accorde-nous d'exterminer ces Mahométans impies, et de renverser leur empire; nous te donnerons la dîme des dépouilles, et nous t' élèverons de nouveaux temples. » Et les prêtres remplirent les églises de nuages de famée, et dirent au peuple : «Nous prions pour vous , et Dieu agrée notre encens et bénit vos armes. Continuez de jeûner et de combattre; ditesnous vos fautes secrètes; donnez vos biens à l'église : nous vous absoudrons de vos péchés, et vous mourrez en état de grâce. » Et ils jetaient de l'eau sur le peuple, lui distribuaient des petits os de morts pour servir d'amulettes et de talismans ; et le peuple ne respirait que guerre et combats.

Frappé de ce tableau contrastant des mêmes passions, et m'affligeant de leurs suites funestes, je méditais sur la difficulté qu'il y avait pour le juge commun d'accorder des demandes si contraires, lorsque le Génie, saisi d'un mouvement de colère, slécria avec véhémence :

« Quels accents de démence frappent mon oreille? quel délire aveugle et pervers trouble Tesprit des nations? Prières sacrilèges, retombez sur la terre! et vous, Cieux, repoussez des vœux homicides, des ao^ tions de grâces impies 1 Mortels insensés! est-ce donc ainsi que vous révérez la Divinité? Dites! comment celui que vous appelez votre père commun doit-il recevoir Thommage de ses enfants qui. s'égorgent? Vainqueurs ! de quel œil doit-il voir vos bras fumants du sang qu'il a créé? Et vous, vaincus! qu'espérez-vous de ces gémissements inutiles? Dieu a-t-il donc le cœur d'un mortel, pour avoir des passions changeantes?

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