CHAPITRE XII
est-il, comme vous, agité par la vengeance ou la compassion^ par la fureur ou le repentir? O quelles idées basses ils ont conçues du plus élevé des êtres ! A les entendre, il semblerait que, bizarre et capricieux, Dieu se fâche ou s'apaise comme un homme; que tour à tour il aime ou il hait; qu'il bat ou qu'il caresse ; que, faible ou méchant, il couve sa haine ; que, contradictoire et perfide, il tend des pièges pour y faire tomber ; qu'il punit le mal qu'il permet ; qu'il prévoit le crime sans Tempêcher ; que, juge partial, on le corrompt par des offrandes ;' que, despote imprudent, il fait des lois qu'ensuite il révoque ; que, tyran farouche^ il ôté ou donne ses grâces sans raison, et ne se fléchît qu'à force de bassesses... Ah! c'est maintenant que j'ai reconnu le mensonge de l'homme ! En voyant le tableau qu'il a tracé de la Divinité, je me suis dit : Non, non, ce n'est point Dieu qui a fait l'homme à son image^ cest l'homme qui a figuré Dieu sur la sienne; il lui a donné son esprit, l'a revêtu de ses penchants, lui a prêté ses jugements... Et lorsqu'en ce mélange il s'est surpris contradictoire à ses propres principes, affectant une humilité hypocrite, il a taxé d'impuissance sa raison, et nommé mystère de Dieu les absurdités de son entendement.
« Il a dit : Dieu est immuable j et il lui a adressé des vœux pour le changer. Il l'a dit incompréhensible^ et il l'a sans cesse interprété.
«Il s'est élevé sur la terre des imposteurs qui se sont dits confidents de Dieu , et qui, s'érigeant en docteurs des peuples, ont ouvert des voies de mensonge et d'iniquité : ils ont attaché des mérites è^ des pratiques indifférentes ou ridicules ; ils ont érigé en vertu de prendre certaines postures, de prononcer certaines paroles, d'articuler de certains noms ; ils ont transit 4
SO LES R(JINËS.
formé en délit, de manger de certaines viandes, de boire certaines liqueurs à tels jours plutôt qu'à tels autres. C'est le Juif qui mourrait, plutôt que de travailler un jour de sabbat; c*est le Perse qui se laisserait suffoquer avant de souffler le feu de son haleine; c'est l'Indien qui place la suprême perfection à se frotter de fiente de vache, et à prononcer mystérieusement Aûm; c'est le musulman qui croit avoir tout réparé en se lavant la tête et les bras, et qui dispute, le salure à la main, s'il faut commencer par le coude ou par le boni des doigts; c'est le chrétien qui se croirait damne s'il mangeait de la graisse au lieu de lait ou de beurre. O doctrines sublimes et vraiment célestes! ô morales parfaites et dignes du martyre et de Fapostolat! je passerai les mers pour enseigner ces lois admirables aux peuples sauvages, aux nations reculées; je leur dirai : Enfants de la nature ! jusrjues à quand marcherezvous dans le sentier de l'ignorance ? Jusques à quand méconnaîtrcz-vous les vrais principes de la morale et de la religion? Venez en chercher les leçons chez les peu- ,ples pieux et savants, dans des pays civilisés ; ils vous apprendront comment, pour plaire à Dieu, il faut, en certains mois de l'année, languir de soif et de faim tout le jour ; comment on peut verser le sang de son prochain, et s'en purifier en faisant une profession de foi et une ablution méthodique ; comment on peut lui dérober son bien, et s'en absoudre en le partageant avec certains hommes qui se vouent à lé dévorer.,
c< Pouvoir souverain et caché de l'univers ! moteur mystérieux de la nature ! àme universelle des êtres I toi que, sous tant de noms divers, les mortels ignorent et révèrent; être incompréhensible y infini; Dieu qui, dans l'immensité des cieux, diriges la marche des mondes,