CHAPITRE XU. M
et peuples les abimes de l'espace de millions de soleils totirbillonnants, dis, que paraissent à tes yeux ces insectes humains que déjà ma vue perd sur la terre! Quand tu t'occupes à guider les astres dans leurs orbites, que sont pour toi lés vermisseaux qui s'agitent sur la poussière? Qu'importent à ton immensité leurs distinctions de partis, de sectes ? et que te font les subtilités dont setounnente leur folie?
a Et vous, hommes crédules, montrez-moi lefficacité de vos pratiques ! Dépuis tant de siècles que vous les suivez ou les altérez, qu'ont changé vos recettes aux lois de la nature? Le soleil en a-t-il plus lui? le cours des saisons est-il autre? la terre en est-elle plus féconde ? les peuples sont-ils plus heureux ? Si Dieu est bon, comment se plaît-il à vos pénitences! S'il est infini, qu'ajoutent vos hommages à sa gloire? Si ses décrets ont tout prévu, vos prières en changent-elles Tarrêt? Répondez, hommes inconséquents!
« Vous, vainqueurs, qui dites servir Dieu, a-t-iî donc besoin de votre aide? S'il veut punir, n'a-t-il pas en main les tremblements, les volcans, la foudre? et le Dieu clément ne sait-il corriger qu'en exterminant?
« Vous , musulmane, si Dieu vous châtie pour le viol des cinq préceptes, comment élève-t-il les Francs qui s'en rient? Si c'est par le Qôran qu'il régit la terre, sur quels principes jugera-t-il les nations avant le prophète, tant de peuples qui buvaient du vin, mangeaient du porc, n'allaient point à la Mekke^ à qui cependant il fut donné d'élever des empires puissants? Comment jugea-t-il les Sabéens de Ninive et de Babijlime ; le Per^e, adorateur du feu ; le Grec^ le Romain idolâtres; les anciens royaumes du Afi/, et vos propres aïeux, Arabes et Tartares? Comment juge-t-il encore maintenant tant de nations qui méconnaissent ou ignorent
votre culte, les nombreuses castes des Indiens, le vaste empire des Chinois, les noires tribus de l'Afrique, les insulaires de l'Océan, les peuplades de l'Amérique ?
c( Hommes présomptueux et ignorants, qui vous " arrogez à vous seuls la terre! si Dieu rassemblait à la; fois toutes les générations passées et présentes, que seraient, dans leur océan, ces sectes soi-disant uni ver^ ' selles du chrétien et du musulman ? Quels seraient les jugements de sa justice égale et commune sur Tuniver- * salité réelle des humains ? C'est là que votre esprit s'égare en systèmes incohérents, et c'est là que la vérité brille avec évidence ; c'est là que se manifestent les lois puissantes et simples de la nature et de la raison : lois d'un moteur commun^ général; d'un Dieu impartial et juste, qui, pour pleuvoir sur un pays, ne demande jpoint quel est son prophète ; qui fait luire également son soleil sur toutes les races des hommes, sur le blanc comme sur le noir y sur le juif, sur le musulman, sur le chrétien et sur l'idolâtre ; qui fait prospérer les moissons là où des mains soigneuses les cultivent; qui multiplie toute nation chez qui régnent l'industrie et l'ordre ; qui fait prospérer tout empire où la justice est pratiquée, où l'homme puissant est lié par les lois, où le pauvre est protégé par elles, où le faible vit eh sûreté, où chacun enfin jouit des droits qu'il tient de la nature et d'un contrat dressé avec équité.
c< Voilà par quels principes sont jugés les peuples ! voilà la vraie religion qui régit le sort des empires, et qui, de vous-mêmes, Ottomans, n'a cessé de faire la destinée ! Interrogez vos ancêtres ! demandez-leur par quels moyens ils élevèrent leur fortune, alors qu'frfolàtreSy peu nombreux et pauvres, ils vinrent des déserts tartares camper dans ces riches contrées ; de-