‹ Œuvres Choisies de VChapitre 57 sur 109 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

gence véritable. Le pap^ n'a pas le droit de rien décider par lui-même, dirent les jansénistes : et trente sectes à la fois s'accusant mutuellement d'hérésie et d'erreur, il ne fut plus possible de s'entendre.

Après quelque temps, le silence s'étant rétabli, les musulmans dirent au législateur : Lorsque vous avez repoussé notre doctrine, comme proposant des choses incroyables, pourrez- vous admettre celle des chrétiens? n'est-elle pas encore plus contraire au sens naturel et à la justice ? Dieu immatériel y infini, se faire homme ! av ir un fils aussi âgé que lui ! ce dieu-homme devenir du pain que l'on mange et que l'on digère ! avons-nous rien de semblable à cela? Les chrétiens ont-ils le droit exclusif (ïexïger une foi aveugle? et levir accordere- ous des privilèges de croyance à notre détriment?

Et des hommes sauvages s'étant avancés : Quoi, dirent-ils, parce qu'un homme et une femme, il y a six mille ans, ont mangé une pomme, tout le genre humain se trouve damné, et vous dites Dieu juste! Quel tyran rendit jamais les enfants responsables des foutes de leurs pères! Quel homme peut répondre des actions d'autrui ! N'est-ce pas renverser toute idée de j[ustice et de raison?

Et où sont, dirent d'autres, les témoins, les preuves de tous ces prétendus faits allégués ? Peut-on les recevoir ainsi sans aucun examen de preuves ? Pour la moindre action en justice, il faut deux témoins ; et l'on nous fera croire tout ceci sur des traditions, des ouï-dire!

Alors un rabhin prenant la parole : a Quant aux fiiils, dit-il, nous en sompies garants pour le fond : à regard de la forme et de l'emploi que Ton en a fait, le cas est différent, et les chrétien^ se condam-

440 LESRD1W3.

nent ici par leurs propres arguments ; car ils ne peuvent nier que nous ne soyons la source originelle dont ils dérivent, le tronc primitif sur lequel ils se sont entés ; et de là un raisonnement péremptoire : Ou notre loi est de Dieu, et alors la leur est une hérésie, puisqu'elle en diffère ; ou notre loi n'est pas de Dieu, et la leur tombe en même temps. »

U faut distinguer, répondit le chrétien : votre loi est de DieU; comme f garée et préparative, mais non pas comme finale et absolue; vous n'êtes que le Bimulacre dont nous sommes la réalilé.

Nous savons, repartit le rabbin, que telles sont vos prétentions ; mais elles sont absolument gratuites et fausses. Votre système porte tout entier sur des bases de sens mystiques y d'interprétations visionnairep et allégoriques; et ce système, violentant la lettre de nos livres, substitue sans cesse au sens vrai les idées les plus chimériques, et y trouve tout ce qu il lui plaît, comme une imagination vagabonde trouve des figures dans les nuages. Ainsi, vous avez fait un messie spirituel de ce qui, dans l'esprit de nos prophètes, n était qu'un roi politique : vous avez fait une rédemption du genre humain de ce qui n'était que le rétablissement de notre nation : vous avçz établi une prétendue conception virginale sur une phrase prise à contre-sen<î. Ainsi vous supposez à votre gré tout ce qui vous convient ; vous voyez dans nos livres mêmes votre trinité , quoiqu'il n en soit pas dit le mot le plus indirect, et que ce soit une idée des nations profanes, admise avec une foule d'autres opinions de tout culte et de toute secte, dont se composa votre système dans le chaos et l'anarchie de vos trois premiers siècles.

A ces mots, transportés de fureur et criant au fii*

CliAPfTRE XXÎ. m

criUge, au blasphème^ les docteurs chrétiens voulurent s'élancer sur le juif. Et des moines bigarrés de noir et de blanc s'étant avancés avec un drapeau où étaient peints des îenaillesy un gril^ un bxïcher et ces mots : justice, ekarUé et miséricorde : a II fout, dirent-îls, faire un acle de foi de ces impies, et les brûler pour la gloire de Dieu. » Et déjà ils traçaient le plan d'un bûcher, quand les musulmans leur dirent d'un ton ironique : Voilà donc cette religion de paix^ cette morale humble et bienfaisante que vous nous avez vantée? Voilà cette charité évangétique qui ne combat Yincrcdulité que par la douceur, et n'oppose aux injures que la patience ! Hypocrites 1 c'est ainsi que vous trompez les nations ; c'est ainsi que vous avez propagé vos funestes erreurs t Avez-vous été faibles, vous avez prêché la liberté, la tolérance^ la paix : êtes-vous devenus forts, vous avez pratiqué la persécution, la violence...

Et ils allaient commencer l'histoire des guerres et des meurtres du christianisme^ quand le législateur, réclamant lesilence, suspendit ce mouvement de discorde.

« Ce n'est pas nous, répondirent les moines bigarrés, d'un ton de voix toujours humble et doux, ce n'est pas nous que nous voulons venger, c'est la cause de Dieu, c'est sa gloire que nous défendons. »

Et de quel droit, repartirent les imams, vous constituez-^vous ses représentants plus que nous ? Avez-vous des privilèges que nous n ayons pas F êtes-vous d'autres hommes qt^ nous ?

Défendre Dieu, dit un autre groupe, prétendre te venger, n'est-ce pas insulter sa sagesse, sa puissanceT Ne sait-il pas mieux que les hommes ce qui convient à sa dignité?

Oui, mais ses voies sont cachées, reprirent les moines.

« Et il vous restera toujaars à prouver, repartirent les rabbins, que vous avez le privilège exclusif de les comprendre. » Et alors, fiers de trouver des soutiens dç leur cause, lesjuife ci^rent que leur loi alfciit triompher, lorsque le mébsd (grand-prétre) des Parm, ayant demandé la parole, dit au législateur :

« Nous avons entendu le récit des juifs et des chrétiens sur Torigine du monde ; et, quoique altéré^ nous y avons reconnu beaucoup de choses que nous admettons; mais npus réclamons contre rattribution qu'ils en font à leur prophète Moïse, d'abord parce qu'ils ne sain*aient prouver que les livres inscrits de son nom soient réellement son ouvrage; qu'au contraire nous offrons de démontrer par vingt passages positifs, que leur rédaction lui est postérieure de plus de six siècles, et qu'elle provient de la connivence manifeste d'un grand-prêtre et d'un roi désignés ; qu'ensuite, si vous parcourez avec attention le détail des lois, des rites et des préceptes présumés venir directement de Moïse, voiisne trouverez en aucun article une indication, même tacite, de ce qui compose aujourd'hui la doctrine théologique des juifs et de leurs enfants les chrétiens. En aucun lieu vous ne verrez de trace, ni de Yimmork^lilé de Yame^ ni d'une vie ulié^ rieurcy ni de V enfer et du paradis^ ni de la révolte de Y ange y principal auteur (les maux du genre humaiuy etc.

<( Moïse n'a point connu ces idées, et la raison en est péremptoire, puisque ce ne fut que plujs de deux siècles après lui que notre prophète Zeriousi^ dit Zoroastre, les évangélisa dans l'Asie.*,. Aussi, ajouta le môbed en s' adressant aux rabbim^ n'est-ce que depuis cette époque, c'est-à-dire après le siècle de vos premiers rois, que ces idées apparaissent dans vos écrivains ; et elles ne s'y montrent que par degrés, et

CSAPOTE XXL 115

d'^ibord fartiVi4^nent» sdlon les relai^(^$ politiques que vos pères euri^t arw nos aieax;'' et ^oe fat surtoat lorsque^ vaincus et dâsp^^s par les» rois de Nînive et de Bubyjbne, vos pèives fur^nti^aaspartéssiir les bords du Tigi)e et d© TÉuphrate,^ içt qu efevé» pendant trois générations successives dans notre pays, ils Vîmprégnèrent de mœurs et d'opinions jusqu'alors repoussées comme contraires à leur loi. Alors que notre roi Kyrus les eut délivrés^ de 1 esclavage, leurs coeurs» se rapprochèrent de noïJtô par la reconnaissance ; ils devinrent nos inlitateurs, nos disciples; les familles les plus distinguées, que les rois de Babylone avaient fait élever dans les sciences chaidéennes, rapportèi'ent à Jérusalem des idées nouvelles, des dogmes étrangers. « D'abord la masse dn peuple, non értiigrée, opposa le texte de la loi et le silence absolu du prophète ; mais la doctrine pharisicnne ou parsie prévalut : et, modifiée selon votre génie et les idées qui vous étaient |HN>pres,eUe causa une nouvelle secte. Vous attendiez un roi reslimraieur de votre puissance ; nous annoncHkmsun ^mtéforakur et sauveur ; de la combinaison de Ces idées v^s esséniens firent là base du christianisme : i^, quoi qu'en supposent vos prétentions, jtiifs, chrétiens, musulmans, vovs Wêlcs, dans vptre système des tires «piHtuelsi que des enfants égarés de Z oroastre. » - Le môbedy passant de suite au développement de sa religion, et s'appuyant du Sad-der et du Zend-avesta^ reconta, dans le même ordre que la Genèse, la créatio» du monde en six gahàns : la formation d'un premier homme et d'une première l'emme dans un lieu céleste^ sous le règne du bien ; Fintroduction du mal dans le monde par la grande couleuvre ^ emblème d'Ahrimanes; la révolte et les combats de ce génie du mal et des ténèbres contre Ormuzd, dieu du bien et de la lumière;

âU LES RUIfllS.

ja division des anges en A/ânei et en notr», en bamet ea nUehanis; leur ordre hiérarchique en chérubins^ mafhtMy irènesy dominùtioM, etc.; la fin du monde au boni éeéiaù mille ans; la venue de Ya^nejtu riparakur de la nature ; le monde nouveau ; la vie future dans des lieux de délices ou de peines : le fawage des aifi^« sur le foni 4e ToMiae; 1<» cérémonies des mystères de Uithras;h pain azym^ .qu'y mangent les initiés; le baptême des mfants nouveau-nés ; les onctions des morts^ et les confessions de leurs péchés. En un mot, il exposa tant de choses analogues aux trois religions précédentes, qu'il semblait que ce fut un comm^itaire ou une continuation du Çôran et de Y Apocalypse.

Mais les docteurs juife, chrétiens, musulmans, se récriant sur cet exposé, et traitant les pur sis d'idolâtres et d'adorateurs du feUy les taxèrent de mensotige, de supposition, d'altération de faits : et il s'éleva une violente disputé sur les dates des événements, sur leuf succession et sur leur série ; sut* la source première des opinions, sur leur transmission de peuple à peuple, sur l'authenticité des livres qui les établissent, sur l'époque de leur composition, le caractère de leurs rédacteurs, la valeur de leurs témoignages ; et les divert partis, se démontrant réciproquement des contradictions, des invraisemblances, des apocryphités, s'accufièr^t mutuellement d'avoir établi leur croyance sur des bruits populaires, sur des traditions vagues, sur des fables absurdes, inventées sans discernement, adanises sans critique par des écrivains inconni/s, ignorants ou partiaux, à> des époques incerfâines ou

D'autre part un grand mnrmute s'excita sous les drapeaux des sectes indiennes ;tt les brahmanes, prolestant contre les prétentions des juife et des pârsis, di-

GHAnTBKJLXI. ^H

rènt : Quels sont ces peuples nouveaux et presque ineonuus qui s'établissent ainsi, de leur droit privè> les auteurs des nations et les dépositaires de leurs archives? Â entendre leurs calculs de cinq a six mille ans, il semblerait que le monde ne fût né que d*hier, tandis ' que nos monuments constatent une durée de plusieurs milliers de siècles. Et de quel droit leurs livres seraient-ils préférés aux nôtres? Les VèdaSy les Chas^ irasy le Pouransy sont^Is donc inférieurs aux Bibles, au Zend*ave^a^ au Sad-der? I^e témoignage de nos pères et de nos dieur ne vaudra-t-il pas celui des dieux et des pères des Occidentaux? Ah! s'il nous était permis d'en révéler les mystères à des hommes profanes ! si un voile sacré ne devait pas couvrir notre doctrine à tous les regards!...

Et les brahmanes s'étant tus à ces mots : a Comment admettre votre doctrine, leurdit le législateur, si vous ne la manifestez pas? Et comment ses premiers auteurs Font-ils propagée, alors qu'étant seuls à la posséder, leur propre peuple leur était profane? Le ciel la révéla-t-il pour la taire?»

Mais les brahmanes persistant à ne pas s'expliquer: a Nous pouvons leur laisser les honneurs du secret, dit un homme d'Europe. Désormais leur doctrine est à découvert ; nous possédons leurs livres, et je puis vous en résumer la substance. »

En effet, en analysant les qucdre Vidas, les dix-huit Pour ans et les cinq ou six Chastras, il exposa comment an être immatériel, infini, étemel et rondj après avoir passé un temps sans bornes à se contempler^ voulant enfin se maniferier, sépara les facultés mâle et femelle qui étaient en lut, et opéra un acte de génération dont le lingam est resté l'emblème; comment de ce premier acte naquirent trois puissances divines^ appelées Brak-

tif LES BDINEb.

mu, Bichen ou Vickenou, et Chib on CMven, chargées, la première de créer j la seconde de conserver^ la troisième de âéiriiire ou de changea* les formes de l'univers : et, détaillant l'histoire de leurs opérations et de leurs aventures, il expliqua comment Brakma^ fier d'avoir créé le monde et les huit sphères de purificaiions^ s'étant préféré à son égal Ckiby ce mouvement d'orgueil causa entre eux un combat qui fracassa les globes ou erbites célestes^ comme un panier d'œufs; comment Brahr ma, vaincu dans un combat, fut réduit à servir de piédestal à Chibj métamorphosé en Ungam; comment Vichenouy dieu médiateur, a pris, à des époques diverses, neuf formes animales et mortelles pour conserver le monde ; comment d'abord, sous celle de poisson, il sauva du déluge universel une famille qui repeuplais terre ; comment ensuite, sous la forme d'une tortue, il tira de la mer de lait la montagne Mandreguiri (le pôle); puis, sous celle de sanglier, déchira le ventre du géant Erenniachessen qui submergeait la terre dans l'abîme da Dfole^ dont il la retira sur ses défenses ; comment incamé sous la forme de berger noir^ et sous le nom de Chrisen, il délivra le monde du venimeux serpent Calengam^ et parvint, après en avoir été mordu au pied^ à lui écraser la tête.

Puis, passant à l'histoire des génies secondaires^ iltaconta comment \ Eternel, pour faire éclater sa gloire, avait créé divers ordres d'aw^c*, chargés de chanter ses louanges et de diriger l'univers ; comment une partie de ces anges se révoltèrent spus la conduite d'un chef ambitieux, qui voulut usurper le pouvoir de Dieu et tout gouverner ; comment Dieu les précipita dans le monde des ténèbres, pour y subir le traitement de leur mal-- (aisance ; comment ensuite, touché de compassion, il consentit à les en retirer^ et à les rappeler en grâce

Page 1