‹ Œuvres Choisies de VChapitre 58 sur 109 · CHAPiTRE XXL Hf · texte numérisé non relu

CHAPiTRE XXL Hf

après qu'ils eurent subi de longues épreuves; com^ ment à cet effet ayant créé quinze orbites ou régions de planètes, et des corps pour les habiter, il soumit ces anges rebelles à y subir quatre^vingt'^epi iransmiqruiions ; il expliqua comment les âmes ainsi puri^ès retournaient à la source première, à l^ océan de vie €t d'ànimation dont elles étaient émanées ; comment tous les êtres vivants contenant une portion de cette ame uni" verselby il était très-coupable de les en priver. Enfin il allait développer les rites et les cérémonies, lorsqu'ayant parlé des offrandes et des libations de lait et de beurre à des dieux de cuivre et de bois, et des purifications par la fi^ente et V urine de vache^ il s^éleva de toutes parts des murmures mêlés d'éclats de rire, qui interrompirent Forateur.

Et chaque groupe raisonnant sur cette religion : Ce sont des idolâtres, dirent les musulmans, il faut les

exterminer Ce sont des cerveaux dérangés, dirent

les sectateurs de Confutzé, qu'il faut tacher de guérir. Les plaisants dieux, disaient quelques autres, que ces marmousets graisseux et enfumés, qu'on lave comme des enfants malpropres, et dont il faut chasser les mouches firiandes de miel, qui viennent les salir d'or^ dures !»

Et un brahmane indigné , preniaht la parole : Ce sont des mystères profonds, s'écria-t-il, des emblèmes de vérités que vous n'êtes pas dignes d'çntendre.

De quel droite répondit un lama du Tibet, en êtesvous plus dignes que nous ! Est-ce parce que vous vous prétendez issus de la tête de Brahma, et que vous rejetez à de moins nobles parties le reste des humains ? Mais, pour soutenir Torçueil de vos distinctions d'origines et de castes, prouvez-nous d'abord que vous êtes d'autres hommes que nous. Prouvez-nous enr

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suite^ comme £aits faûtoriques, les allégories que vous nous racontez ; prouvez-nous même que vous êtes les auteurs de toute cette doctrine ; car nous, s il le fieiut, nous prouverons que vous n'en êtes que les plagiaire» et les corrupteurs ; que vous n êtes que les imitateurs de Tancien paganisme des Occidentaux, auquel vous avez, par un mélange bizarre, allié la doctrine toute spirituelle de notre Dieu; cette doctrine dégagée des sens, entièrement ignorée de la terre avant que Bouik l'eût enseignée aui^ nations .

Et une foule de groupes ayant demandé quelle était cette doctrine et quel était ce dieu, dont la plupart n'avaient jamais oui le nom, le lama reprit la parole et dit :

Qu au commencement un Dieu unique^ existant par lui-même, après avoir passé une éternité absorbé dans la contemplation de son être, voulut manifester ses perfections hors de lui-même, et créa la matière du monde; que les quatre éléments étant produits, mais encore confus^ il souffla sur les eaux^ qui s'enflèrent comme une bulle immense de la forme d'un muf, laquelle en se développant devint la voûte ei l'orbe du ciel qui enceint le monde; qu'ayant fait la terre et les corps des êtres ^ ce Dieu, essence du m^uve^vienty leur départit, pour les animeff Une portion de «on être; qu'à ce titre,' \âme de tout ce qui respire étant une fraction de Vame universelle^ aucune ne périi^ mais que seulement elles changent de moule et de forme^ en passant successivement en des corps divers : que de toutes les formés, celle qui plaît le plus à VEtre divin est celle de Vhomme^ comme approchant le plus de ses perfections ; que quand un bomme, par un dégagement absolu de ses sens, $^ absorbe dam la eniUemiplaUon de lui-même^ il parvient à y découvrir la

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Divinité, et il la devient en effet ; que parmi lés incarnations de cette espèce que Dieu a déjà revêtues. Tune des plus sai'ntes et dçs plus solennelles fut celle dans laŒielle il parut il y a vingt-lmit siècles dans le Kachemire^ sous le nom de Fot ou Rondh, pour ensei^ gner la doctrine de V anéantissement^ du renofstement é soi-même. Et traçant l'histoire de Fô( , le lama dit qu'il était né du côté droit d'une vierge de sang royaty qai n'avait pas cessé d'être vierge en devenant mère; que le roi du pays, inquiet de sa naissance, voulut le faire, périr, et quil fit massacrer tous les mâles nés à son époque ; que, sauvé par des pâtres, Boudh en mena la vie dans le désert jusqua l'âge de trente anss où il commença sa mission d'éclairer les hommes, et de les délivrer des démons; qu'il fit une foule de miracles les plug éton-» nants ; qu'il vécut dans le jeune et dans les pénitences les plus rudes, et qu'il laissa en mourant un livre à ses disciples , où était contenue sa doctrine ; et le /ama commença de lire...

a Celui qui abandonne son père et sa mère pour me suivre, dit Fàt, devient un parfait samanéeu (homme céleste).

« Celui qui pratique mes préceptes jusqu'au quatrièjne de^é de perfection, acquiert la faculté de voler en l'air, de faire mouvoir le ciel et la terre, de prolonger ou de diminuer la vie (de ressusciter).

<t Le samanéen rejette les richesses , n'use que du plus étroit nécessaire ; il mortifie son corps ; ses pas-^ sions sont muettes ; il ne désire rien ; il ne s'attache à rien ; il médite sans cesse ma doctrine ; il souffre patiemment les injures ; il n'a point de haine contre son prochain.

«Le ciel et la terre périront, dit Fdt : méprisez donc votre corps composé de quatre éléments périssables, et ne songez qu'à votre, arae immortelle.

IK} LES imms.

t N'écoutez pas ta chair : les passions produisent la crainte et le chagrin j étouffez les passions, vous détruirez la crainte et le chagrin.

« Celui qui I^eurt sans avoir embrassé ijia rehgion, dit Fôt, revient parmi les hommes jusgu à ce qu'il la pratique. »

Le lama allait continuer, lorsque les chrétiens, rompant le silence, s'écrièrent que c'était leur propre religion que Ton altérait, que Foi n'élait que léêous lui-même défiguré^ et que les lamas n'étaient que des nestoriens et des manichéens déguisés et abâtardis.

Mais le lama, soutenu de tous les cliàmans, bonzes, gonnisy talapoins de Siam, de Ceylan^ du Japon, de la Chine y prouva aux chrétiens, par leurs auteurs mêmes , que la doctrine des sàmanéens était répandue dans tout l'Orient plus de mille ans avant le christianisme ; que leur nom était cité dès avant l'époque d'Alexandre, et que Boulta ou Boudh était mentionné longtemps avant Usons, Et rétorquant contre eux leur prétention : « Prouvez-nous maintenant, leur dit-il, que vous-mêmes n'êtes pas des sàmanéens dégénérés; que l'homme dont vous faites F aw^^ur de votre secte n est pas Fôt lui-même altéré. Démontrez-nous son existence par des monuments historiques à l'époque que vous nous citez ; car, pour nous, fondés sur l'absence de tout témoignage authentique, nous vous la nions formellement; et nous soutenons que vos Evangiles mêmes ne sont que les livres dès mithriaques de Perse et des esséniens de S7jrié, qui n'étaient eUx-mêmes que des sàmanéens réformés. »

A ces mots, les chrétiens jetant de grands cris, une nouvelle dispute plus violente allait s'élever lorsqu'un groupe de chamans chinois et de lalapoins de Siam, s'avançant en scène, dirent ou'ils allaient mettre d'ac-

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