CHAPITRE III
plaisir, par laquelle elle Fattire et le port« ver» tout ce qui tend à conserver et à déye^pper soa existence.
D. Le plaisir n'est donc pas nn mal^ un péché, comme le prétendent les casuistes ?
R. Non : il ne l'est qu'çiuts^nt qu'il tend h détruire la vie et Ja santé , qui , du propre aveu de ces casuistes, nous viennent de Dieu même.
D. Le plaisir est-il l'objet principal de notre existence, comme l'ont dit quelques philosophes?
R. Non : il ne l'est pas plus quç la douleur ; le plaisir est un encouragement à vivre, comme la douleur est un repoussement à mourir,
D. Comment prouvez-vous cette assertion?
R. Par deux faits palpables : l'un, que le plaisir, s'il est pris au delà du besoin, conduit à la destruction ; par exemple, un homme qui a abusé du plaisir de manger ou de boire, attaque sa santé et nuit à sa vie. L'autre, que la douleur conduit quelquefois à la conservation; par exemple, un homme qui se fait couper un membre gangrené souffre de la douleur, et c'est afin de ne pas périr tout entier.
D. Mais cela même ne prouve-t-il pas que nos sensations peuvent nous tromper sur le but de notre conservation?
R. Oui : elles le peuvent momentanément.
D. Comment nos sensations nous trompent-elles?
R. De deux na^^nières : par ignorance et par passion.
D. Quand nous trompent-elles par ignorance?
R. Lorsque nous agissons sans connaître l'action et l'effet des objets sur nos sens ; par exemple, lorsqu'un homme touche des orties sans connaître leur
i2 LA LOI NATURELLE.
qualité piquante, ou lorsqu'il mèche de ropium ^ont il ignore la qualité endormante.
D, Quand nous trompent-elles par passion ?
B. Lorsque, connaissant Faction nuisible des objets , nous nous livrons cependant à la fougue de nos désirs et de nos appétits ; par exemple , lorsqu'un homme qui sait que le vin enivre enboit avec excès.
D. Que résulte-t-il de là?
R. Il en résulte que l'ignorance dans laquelle nous naissons, et que les appétits déréglés auxquels nous nous livrons sont contraires à notre conservation; que par conséquent l'instruction de notre esprit et la modération de nos passions sont deux obligations, deux lois qui dérivent immédiatement de la première loi de la conservation.
D. Mais si nous naissons ignorants , l'ignorance n'est elle pas une loi naturelle ?
R. Pas davantage que de rester enfants, nus et faibles. Loin d'être pour l'homme une loi de la nature, l'ignorance est un obstacle à la pratique de toutes ses lois. C'est le véritable péché originel.
D. Pourquoi donc s'est-il trouvé des moralistes qui l'ont regardé comme une vertu et une perfection?
R. Parce que , par bizarrerie d'esprit , ou par misanthropie, ils ont confondu l'abus des connaissances avec les connaissances mêmes : comme si, parce que les hommes abusent de la parole, il fallait leur couper la langue : comme si la perfection et la vertu consistaient dans la nullité , et non dans le dévelop.pement et le bon emploi de nos facultés.