CHAPITRE VÏI
Be la cootinenee.*
D. La loi naturelle prescrit-elle la continence?
K. Oui: parce que la modération dans Tusage de la plus vive de nos sensations est non^seulement utile, mais indispensable au maintien des forces et de la santé; et parce qu'un calcul simple prouve que , pour quelques minutes de privation , Ton se procure de longues journées de vigueur d'esprit et de corps.
D. Comment défend-elle le libertinage ?
R. Par les maux nombreux qui en résultent pour l'existence physique et morale. L'homme qui s'y livre s'énerve, s'allanguit; il ne peut plus vaquer à ses études ou à ses travaux; il contracte des habitudes oiseuses, dispendieuses, qui portent atteinte à ses moyens de vivre, à sa considération publique, à son crédit: ses intrigues lui causent des embarras, des soucis, des querelles , des procès ; sans compter les maladies graves et profondes, la perte de ses forces par un poison intérieuret lent, l'hébétude de son esprit par l'épuisement du genre nerveux, et enfin une vieillesse prématurée et infirme.
D. La loi naturelle considère-t-elle comme vertu
cette chasteté absolue si recommandée dans les institutions DKHiastiques ?
R. Non ; car cette chasteté n*e$t utile ni à I9 8<>ciété où elle a lieu, nia l'individu qui la pratique : elle est mêniB nuisible i l'un et à Tautre; lynftwd elle nuit à la société en^e qu'elle la prive de la population , qui est un de ses principaux moyens de richesse et de puissance ; et de plus, en ce que les célibataires , bornant tontes teurs vues et leurs affections au temps de leur vie , ont en général un égoïsme peu favorable aux intérêts généraux de la société.
En second lieu, elle nuit aux individus qui la pratiquent, par cela même qu'elle les dépouille d'une foule d'affections et de relations qui sont la spurce de la plupart des vertus domestiques et sociales; et de plus, il arrive souvent, par des circonstances d'âge , de régime, de tenq>érament, que la continence absolue nuit à la santé et cause de graves maladies , parce qu'elle contrarie les lois physiques sur lesquelles la nature a fondé le système de la reproduction des êtres: et ceux qui vantent si fort la chasteté, même en supposant qu'ils soient de bonne foi, sont en contradiction avec leur propre doctrine, qui consacre la loi de la nature par le commandement si connu: Croissez etmnUipUez.
D. Pourquoi la chasteté est-elle plus considérée comme vertu dans les femmes que dans les hommes ?
R. Parce que le défaut de chasteté dans les femmes a des inconvénients bien plus graves et bien plus dangereux pour elles et pour la soeiété; car, sans compter les chagrins et les maladies qui