CHAPITRE XI. U
R. Parce que tous les hommes ayant des sens suffisants à leur conservation, nul n'ayant besoin de l'œil d' autrui pour voir, de son oreille pour en* tendre, de sa bouche pour manger , de son pied pour marcher, ils* sont tous par ce fait même constitués naturellement indépendants, libres; nul n'est nécessairement soumis à un autre, ni n'a le droit de le dominer.
D. Mais si un homme est né fort , n'a-t-il pas le droit naturel de maîtriser l'homme né faible?
R. Non : car ce n'est ni une nécessité pour lui, ni une convention entre eux ; c'est une extension abusive de sa force; et l'on abuse ici du mot droit j qui, dans son vrai sens, ne peut désigner que;«sâce ou faculté réciproque*
D. Comment la propriété est-elle un attribut physique de l'homme?
R. En ce que tout homme étant constitué égal ou semblable à un autre, et par conséquent indépendant, libre, chacun est le maître absolu, le propriétaire plénier de son corps et des produits de son travail.
D. Comment la justice dérive-t-elle de ces trois attributs?
R. En ce que les hommes étant égaux, libres, ne se devant rien, ils n'ont le droit de rien se demander lel uns aux autres qu'autant qu'ils se rendent des valeurs égales ; qu'autant que .la balancé du donné au rendu est en équHib)^ : et c'est cette égalité^ cet équilibre^ qu'on appelle justice, équité; c'est-à-dire qu'égalité etjuatice sont un même mot, sont la même loi naturelle, dont les vertus sociales ne sont que de» applications et des dérivés.
4S LA LOI NATURELLfc.
caAPiTBE xn.
Béveloppemciit de* vertot tociales.
D. Développez-moi comment les vertus sociales dérivent de la loi naturelle ; Comment la charité ou l'amour du prochain en est-il un précepte, une application?
R, Par raison d'égalité et de réciprocité : car, lorsque nous nuisons à autrui, nous lui donnons le droit de nous nuire à son tour : .ainsi, en attaquant l'existence d'autrui, nous portons atteinte à la nôtre parreflTet de la réciprocité; au contraire, en faisant du bien à autrui, nous avons lieu et droit d'en attendre l'échange, l'équivalent : et tel est le caractère de toutes les vertus sociales, d'être utiles à l'homme qui les pratique, par le droit de réciprocité qu'elles lui donnent sur ceux à qui elles ont profité.
D. La charité n'est donc que la justice?
R, Non , elle n'est que la justice , avec cette nuance, que la stricte justice se borne ^ dire : Ne fais pas à autrui le mal que tu ne voudrais pas qu'il te fit; et que la charité ou l'amour du prochain s'étend jusqu'à dire : Fais à autrui le bien que tu voudrais recevoir. Ainsi l'Évangile, en disant que ce précepte renfermait toute la loi et tous les prophètes, n'a fait qu'énoncer le précepte de la loi naturelle.